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La mairie de Paris menace d’interdire le festival Nyansapo

Par Olivier Laurent
5 juin 2017

Le week-end passé fut l’occasion d’une nouvelle démonstration de l’alignement sur l’extrême-droite des partis de gouvernement français. Se joignant à un scandale déclenché par des forces liées au Front national (FN), Anne Hidalgo, maire PS de Paris, a lancé une attaque réactionnaire contre les droits démocratiques en menaçant d’interdire un festival « afroféministe ».

Le festival Nyansapo, qui doit se dérouler du 28 au 30 juillet, fut annoncé par ses organisateurs, le « collectif Mwasi » sur leur site le 5 avril sans aucun scandale à l’origine. Le 25 mai, le programme du festival fut affiché sur le site d’extrême-droite fdesouche.com, animé par un ancien membre du FN militant des causes « identitaires ». Le milieu d’extrême-droite a pointé le fait que certains ateliers organisés dans le cadre du festival étaient « non-mixtes », c’est-à-dire réservés aux femmes « noires » ou « racisées », et que le lieu principal du festival appartient à la ville de Paris.

Le 26 mai, Wallerand de Saint Just, un conseiller régional et trésorier du FN, également avocat du parti, a publié un communiqué sur sa page Facebook contre ce festival, dans lequel il a pris Hidalgo à partie. C’est le premier à utiliser le terme « interdit aux blancs » pour décrire le festival, alors que les événements qui auront lieu dans les locaux de la ville sont ouverts à tous, ce que Saint Just n’a pas précisé.

Le même jour, après cet affichage, LCI a diffusé un reportage dans lequel Alain Jakubowicz, le président de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, rassemblant des personnalités de droite comme « de gauche »), a repris le terme « interdit aux blancs ». Jakubowicz s’est opposé à l’événement : « Rosa Parks doit se retourner dans sa tombe. Le combat antiraciste devenu l’alibi d’un repli identitaire. »

Très tôt le dimanche 28 mai, Anne Hidalgo a lancé un Tweet affirmant qu’elle allait « saisir le préfet de police », proposer « l’interdiction » du festival, et éventuellement « poursuivre les initiateurs de ce festival pour discrimination ». Le site fdesouche.com s’est alors félicité que la LICRA et Hidalgo aient « relayé » son information.

Hidalgo a finalement annoncé lundi qu’elle se contenterait du fait que les espaces « non-mixtes » ne soient pas situés dans le local appartenant à la ville de Paris mais dans des lieux privés – tentant de faire croire qu’il s’agit d’un changement réalisé par son action, alors que c’était l’arrangement prévu dès le départ.

La proposition de Hidalgo de faire annuler un festival ainsi constitue une atteinte grave à la liberté de réunion en France. La réaction empressée de Hidalgo, qui répond aux agitateurs d’extrême droite en reprenant leurs termes sans vérifier la réalité des faits et envisage immédiatement les mesures juridiques les plus graves, est une illustration en réduction de la politique menée par le PS sous le quinquennat du président François Hollande.

Ce parti a fait passer sa politique économique d’austérité sévère par des mesures autoritaires comme le passage en force de la Loi Travail par l’utilisation de l’article 49-3 de la constitution. Le PS a accompagné sa politique étrangère guerrière d’une politique sécuritaire tout aussi brutale à l’intérieur, appuyée sur un état d’urgence en place depuis plus de 18 mois, qui incitait les sentiments racistes et xénophobes. Hidalgo avait soutenu cela, notamment lors de sa campagne électorale en 2013 où elle s’était longuement plaint du nombre de Roms à Paris.

Depuis l’élection du nouveau président Emmanuel Macron, issu du PS et qui était clairement le candidat favori de Hollande, tout indique que ces politiques vont encore s’aggraver. Le « salut républicain » adressé le jour de sa victoire par Macron à la candidate du FN Marine Le Pen, était un signal clair que la politique du nouveau président compte faire appel aux sentiments d'extrême droite.

L'opposition du Parti de l'égalité socialiste aux menaces de Hidalgo n'impliquent aucun soutien à la politique identitaire petite-bourgeoise et réactionnaire véhiculée par les organisations féministes et nationalistes telles que le Collectif Mwasi. En organisant son festival, ce dernier ne vise qu’à « se réapproprier nos identités et notre image en tant que femmes (et personnes assignées femmes) noires. »

Cela implique un refus d’une lutte révolutionnaire unie des travailleurs et des jeunes de tous les pays et de toutes les origines contre la propriété privée capitaliste et les guerres qu’elle engendre. Cela est remplacé par la défense de telle ou telle « fierté » qui sert surtout à une petite couche des classes moyennes pour se tailler des domaines réservés dans la vie culturelle, les universités, ou le commerce, et à diviser les travailleurs selon leur genre ou leur origine ethnique.

Le caractère réactionnaire de la politique du Collectif Mwasi, qui divise les travailleurs, ne justifie cependant aucunement de s'aligner sur les menaces proférées par Hidalgo contre lui. Si on permettait à Hidalgo d'imposer une telle politique contre le Collectif Mwasi, Hidalgo l'utiliserait sans doute bientôt contre les travailleurs. Contre Hidalgo, et contrairement à la classe politique bourgeoise en France, le PES défend par principe la liberté de réunion.