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La montée de Fillon expose la banqueroute du soutien du NPA à Hollande

Par Alice Laurençon
28 novembre 2016

Le virage à droite de la classe dirigeante dont témoigne l'élection de François Fillon en tant que candidat LR est le fruit empoisonné du quinquennat réactionnaire de François Hollande, qu'ont soutenu les divers satellites petit-bourgeois du PS.

A présent, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) veut faire porter la responsabilité pour la montée de Fillon non pas au PS, mais à l’électorat. Il déclare que « Ses électeurs ont reconnu en Fillon un politique conséquent : le plus à même de mettre en œuvre la politique économique ultralibérale et le projet sociétal très conservateur auxquels ils aspirent ».

Lutte Ouvrière (LO) se lamente aussi que l'électorat de droite « a choisi celui qui affiche le programme le plus réactionnaire, y compris avec un catholicisme bien-pensant sur les questions de société. »

Ces commentaires démoralisés ne font que légitimer les politiques réactionnaires proposées par Fillon, en les faisant passer faussement pour le produit d'une volonté collective. Les millions d'électeurs qui ont voté pour Fillon ne l'ont pas fait parce qu'ils aspirent la destruction de la Sécu et des soins, ou aux conséquences d'une vaste escalade de la guerre au Moyen Orient. En fait, Fillon a remporté la primaire malgré le fait qu'il présente un programme illégitime, dénué de tout soutien populaire réel.

Il semblerait d'ailleurs qu'un facteur important du vote surprise pour Fillon au premier tour des primaires aurait été la volonté des électeurs d'empêcher Sarkozy, discrédité par ses guerres et ses mesures d'austérité en tant que président entre 2007 et 2012, de rentrer à l'Elysée. Environ 40 pour cent des électeurs de Fillon l'ont plébiscité afin de barrer la route à Sarkozy, ainsi que 70 pour cent de ceux qui ont choisi Juppé.

La responsabilité de la montée de la droite et de l'extrême-droite est attribuable surtout aux organisations telles que le NPA et LO, qui ont bloqué l'opposition qui menaçait de déborder la PS sur sa gauche. En indiquant plus ou moins explicitement leur soutien pour Hollande en 2012, et en étouffant avec les appareils syndicaux l'énorme colère ouvrière contre Hollande au pouvoir, elles ont contribué énormément à la montée de Fillon et du FN.

C'est l'absence d'une alternative à gauche visible pour des masses de travailleurs, alors que la désillusion des électeurs avec le PS rejaillit sur le NPA et LO, qui donnent à Fillon et au FN l'apparence de force. Il n'est pas difficile de prévoir que de nombreuses voix qui se sont exprimées pour Hollande en 2012 se reporteront ailleurs en 2017, vers la droite ou l'extrême-droite.

Le PS et ses satellites, dont le NPA et LO, ont d'ailleurs légitimé Fillon et l'extrême-droite par leurs propres politiques droitières. Le PS a imposé l'état d'urgence, tenté de constitutionnaliser la déchéance de nationalité, démantelé le camp de réfugiés à Calais, et toléré des interdictions des burkinis. Après les attentats à Paris du 13 novembre 2015, Hollande a invité Marine Le Pen à l’Elysée à plusieurs reprises, prétendument afin de construire « l’unité nationale ».

Jean Luc Mélenchon – le candidat présidentiel du Front de gauche, dont tous les députés ont voté l'état d'urgence à l'Assemblée en novembre 2015 – soutient l'interdiction du burkini au nom de l’égalité des genres : « Toutes les religions posent un problème dans la relation d'égalité hommes-femmes. Dans l'islam, c'est peut-être plus visible. »

Le NPA et LO ont eux aussi participé directement à cette normalisation du FN, le plus évidemment sur les questions sociétales qui tenaient les petit-bourgeois qui y militent le plus à cœur.

Les menaces d’interdiction du burkini sont l'aboutissement de plus d’une décennie d'attaques contre la liberté de religion des musulmans, lancées par l’interdiction du port du foulard dans les écoles sous le président de droite Jacques Chirac en 2004. Le NPA et surtout LO ont soutenu l'interdiction avec enthousiasme, prétendant que l'interdiction allait défendre la laïcité et les droits des femmes.

Le NPA a dénoncé toute critique par la gauche de la guerre impérialiste des USA et des puissances européenne en Syrie, critique qu'il assimilait à une aide pour l’Etat islamique. Selon le NPA, les organisations de gauche hostiles à la guerre en Syrie « ont tellement souligné les très réelles responsabilités politiques et historiques de l’impérialisme occidental que la dénonciation de l’État islamique en est devenue inaudible. »

Ainsi, le NPA insistait qu'il fallait que les organisations antiguerre se taisent afin de permettre à la propagande contre l'Etat islamique, qui était au centre de la campagne médiatique pour l'état d'urgence en France comme de la guerre en Syrie, de se déployer sans obstacle.

Dans les réactions du NPA et de LO à la primaire LR, ce qui est le plus important est sans doute ce qu’ils ne disent pas. Ils font le silence sur le soutien qu'offrent Fillon et Juppé à la continuation des mesures d’Etat policier et à l’intensification des guerres par le PS. Sur ces questions importantes, la pseudo-gauche est complètement d’accord avec les partis bourgeois traditionnels.

Néanmoins, LO tente de se faire passer pour une alternative, en écrivant : « dans l’immédiat, face à la déferlante de propos et de programmes anti-ouvriers, ils doivent au moins saisir l’occasion offerte par les élections pour faire entendre le camp des travailleurs. À l’arrogance des politiciens de la bourgeoisie, ils peuvent opposer leur fierté de travailleurs, leurs exigences et leur conscience de classe. C’est le sens de la candidature de Nathalie Arthaud présentée par Lutte ouvrière ».

En fait, LO n'essaie pas de bâtir une alternative pour les travailleurs en présentant une candidate à l'élection présidentielle. C'est ce que l'on a vu en 2002, lorsque la Ligue communiste révolutionnaire (prédécesseur du NPA), le Parti des travailleurs, et LO avait remporté trois millions de voix. Ils ont ensuite appelé à voter Chirac afin de barrer la route à Jean-Marie Le Pen, refusant l'alternative proposée par le CIQI, d'un boycott actif avec des luttes afin de s'opposer aux mesures d'austérité que préparait Chirac.

Avec les millions de voix dont ils disposaient en 2002, alors qu'un mouvement antiguerre massif se répandait autour du monde contre les préparatifs de l'invasion illégale de l'Irak en 2003, LO et ses alliés n'ont rien su construire ou voulu faire. Leur évolution depuis lors démontre qu'ils n'offrent aucune alternative à la poussée vers la guerre et l'extrême-droite, et que les travailleurs ne pourront lutter contre ce virage extrêmement dangereux qu'en s'opposant à ces organisations.