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Syriza forme un gouvernement de coalition avec le parti droitier Grecs indépendants

Par Robert Stevens
28 janvier 2015

Il a suffi de quelques heures après la victoire de Syriza (Coalition de la gauche radicale) aux élections législatives grecques pour que ses fausses prétentions à être un parti de gauche soient exposées au grand jour.

Syriza a remporté 2.246.064 voix, soit 36,3 pour cent des suffrages; le nombre de sièges finalement obtenus a été de 149, juste en deçà des 151 requis pour une majorité absolue au parlement grec, qui compte 300 sièges.

Le lendemain de l’élection, le dirigeant de Syriza, Alexis Tsipras, a eu un entretiens d’une heure à peine avec Panos Kammenos, chef de file du parti de droite anti-immigrés Grecs indépendants (ANEL). Après ces pourparlers, Kammenos a annoncé que le nouveau gouvernement serait une coalition de Syriza et des Grecs indépendants.

Tsipras, cherchant à élargir le soutien de sa coalition, s'est entretenu lundi soir avec le dirigeant de To Potami (La Rivière), Stavros Theodorakis. Theodorakis avait précédemment exclu de participer à un cabinet dirigé par Syriza, mais lundi il a souligné la nécessité d'un « plan d'action patriotique. »

L'alliance avec l'ANEL met en évidence le caractère de Syriza en tant que parti bourgeois qui s’appuie sur des couches privilégiées de la petite bourgeoisie et articule les intérêts d’une partie de la classe capitaliste grecque et du capital international.

Le gouvernement Syriza-ANEL est la réalisation de la « nouvelle alliance patriotique » que Tsipras avait promise la semaine dernière lors de sa dernière réunion électorale. Il est tout aussi attaché à la défense du capitalisme et de ses institutions internationales – y compris l'Union européenne et l'OTAN – que le gouvernement conservateur discrédité de la Nouvelle Démocratie qu'il a remplacé. L’ANEL est né d'une scission de droite d’avec la Nouvelle Démocratie (ND) en février 2012. Il a remporté juste 13 sièges à l'élection, obtenant 4,68 pour cent du vote.

Commentant le programme de Syriza quelques jours avant l'élection, le Financial Times avait déclaré qu’une fois au pouvoir, le parti mènerait d'abord « une politique du geste qui ne coûte rien ou relativement peu » tel que la réembauche de 595 nettoyeurs licenciés par le dernier gouvernement. Derrière ces gestes symboliques, cependant, la véritable tâche du gouvernement Syriza sera de préparer la base politique et sociale pour un assaut encore plus virulent contre la classe ouvrière.

La coalition de Syriza et de l'ANEL a été préparée longtemps à l'avance. En Mars 2013, Syriza avait formé un « front » avec l'ANEL, sur la base d’une campagne pour sauver les banques chypriotes avec l'aide de l'Union européenne (UE).

Après les discussions de lundi, le journal Protothema a rapporté que « Syriza et ANEL ont déjà conclu un accord sur la question du président grec et les ‘lignes rouges’ de l'ANEL sur les questions nationales seront respectées par son partenaire de gauche dans la coalition. »

Les ‘lignes rouges’ de l'ANEL sont de nature totalement réactionnaire. Comme le Front national en France et des formations d'extrême-droite similaires, ses griefs contre l'austérité dictée par l'UE sont qu'elle a ébranlé le capitalisme grec. Sa politique nationaliste et raciste réclame entre autre, sous couvert de la « sécurité nationale », la persécution et la déportation des immigrants sans papiers.

La victoire de Syriza n’est en aucun cas l'approbation populaire qu’en font les médias et ses divers apologistes de la pseudo-gauche. Près de 40 pour cent de l'électorat n'a pas voté, 63 pour cent seulement (6,3 millions sur un électorat de 9,9 millions).

C'est extrêmement faible compte tenu de la couverture médiatique et de la présentation de l’élection comme la plus importante dans l'histoire de la Grèce moderne. Le taux de participation était inférieur à celui de l'élection de mai 2012 (65,1 pour cent), quand Syriza avait fait sa première percée électorale.

Le parti de Tspiras est, sans le mériter, le bénéficiaire d'une hostilité généralisée à la Nouvelle Démocratie et surtout au PASOK social-démocrate, qui ont gouverné la Grèce depuis la chute de la junte militaire au pouvoir de 1967 à 1974.

Le PASOK a été pratiquement anéanti, n’ayant réussi à obtenir que 13 sièges, ou 4,7 pour cent des voix. Il n’a dépassé que de justesse les trois pour cent nécessaires à une représentation parlementaire. La plupart du soutien de Syriza venait de couches qui soutenaient précédemment le PASOK.

ND a terminé second, obtenant 27,8 pour cent des voix et 76 sièges. Il formera l'opposition parlementaire. Le parti fasciste Aube dorée a terminé troisième. Il a gagné 6,3 pour cent des voix et obtenu 17 sièges. Le parti populiste nouvellement formé, To Potami (La Rivière), vient en quatrième position, avec 6,1 pour cent des voix et 17 sièges. Le Parti communiste de Grèce, stalinien, a remporté 5,5 pour cent des voix et gagné 15 sièges.

Le programme de Syriza a été développé en étroite collaboration avec les secteurs de l'élite dirigeante en désaccord avec une politique économique fondée uniquement sur l'austérité, telle que préconisée par le gouvernement allemand d’Angela Merkel. Dans le programme de Thessalonique, que Syriza a avancé pour l'élection, le parti soulignait qu’au contraire de la perspective du gouvernement ND d’une alliance « avec le [seul] gouvernement allemand, » Syriza était « prêt à négocier, et nous travaillons à la construction d’alliances les plus larges possibles en Europe. »

Les représentants du gouvernement allemand ont exclu tout assouplissement des modalités du programme de remboursement de la dette imposée à la Grèce par la soi-disant « troïka » (Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne). Suite à l'annonce des résultats, le porte-parole de Mme Merkel, Steffen Seibert, a déclaré: « Nous croyons que la Grèce a accepté des termes qui restent en vigueur après le jour de l'élection. » Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a dit: « Il y a des règles, il y a des accords. Quiconque comprend ces choses connaît les chiffres, connaît la situation. »

Un responsable de la BCE, cité dans le Wall Street Journal, a dit : « M. Tsipras doit payer. Ce sont les règles du jeu. Il n'y a pas de place en Europe pour un comportement unilatéral. Cela n'exclut pas un rééchelonnement de la dette. »

Ces observations ont été appuyées par un membre du conseil exécutif de la BCE, Benoît Cœuré, qui a dit à une radio française, « S'il [Tsipras] ne paie pas, c'est un défaut et c'est aussi une violation des règles européennes. »

Mais le soutien de Syriza à la politique d'assouplissement quantitatif de la BCE et son exigence d’une restructuration sélective de la dette ont été approuvées par le Financial Times et d'autres représentants du capital.

La Maison Blanche a, quant à elle, publié un communiqué de presse disant qu’elle était « impatiente de travailler en étroite collaboration » avec le nouveau gouvernement. Après une chute initiale en réaction à l'élection grecque, l'euro a grimpé pour la première fois en trois jours face au dollar après la constitution du gouvernement Syriza-ANEL. L’indice FTSE 100 de la bourse de Londres a fini en hausse de 19,57 points, soit 0,29 pour cent.

(Article original publié le 27 janvier 2015)