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L'Union Européenne menace de recaler le budget de la France

Par Stéphane Hugues et Alexandre Lantier
14 octobre 2014

Le budget du gouvernement français pour 2015 que l'Assemblée Nationale débattra cette semaine représente une énorme attaque contre la classe ouvrière et contre la classe moyenne. Cependant, les institutions de l'Union européenne et de la zone euro ont déjà indiqué qu'elles trouvent le budget insuffisant pour réduire les déficits budgétaires de la France et qu'elles le recaleront mercredi, si Paris n'intensifie pas ses attaques sociales contre les travailleurs.

La semaine dernière, les responsables de la Commission européenne ont fait savoir qu'ils comptaient refuser le budget lors de discussions à Bruxelles mercredi. Ils pourraient imposer des procédures disciplinaires et des amendes à la France.

Le chef de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a aussi déclaré que les budgets des Etats européens devaient « rester en ligne avec les règles du pacte de stabilité et de croissance », qui exige que les déficits budgétaires ne dépassent pas 3 pour cent du Produit Intérieur Brut (PIB). Cependant, le budget de la France prévoit un déficit budgétaire de 4,3 pour cent du PIB.

Ce week-end, l'agence de notation Standard & Poor a également menacé de rabaisser la note « AA » de la France, pour pousser Paris à aller plus loin dans ses mesures d'austérité.

Hier, Jens Weidmann, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) et chef de la Bundesbank allemande, a demandé à la Commission d'être sévère avec la France. Il a déclaré que « la crédibilité des règles serait sérieusement entamée » si la France ne ramenait pas ses déficits à 3 pour cent de son Produit Intérieur Brut (PIB). « De mon point de vue, ce n'est pas en s'écartant du chemin de la consolidation que l'on gagne de la confiance », a-t-il ajouté.

Face aux critiques internationales, le premier ministre Manuel Valls a tenté de s'imposer en déclarant : « C'est nous qui décidons du budget. Ce que nous demandons uniquement aux Européens, c'est de tenir compte de la réalité qui s'impose malheureusement à nous: la crise qui mine la zone euro. Il faut respecter la France, c'est un grand pays. Je n'accepte pas de leçons de bonne gestion ».

En fait, malgré l'impopularité du gouvernement miné par la colère populaire contre ses mesures d’austérité, les ministres du Parti socialiste (PS) discutent déjà de nouvelles attaques ciblant l'assurance chômage, les allocations familiales, et d'autres prestations sociales. Déjà, il y un mois, François Rebsamen, le ministre du Travail, a lancer une proposition pour imposer de nouveaux contrôles aux chômeurs, ces derniers pouvant être radiés en cas de non-conformité.

A présent, le ministre de l'Economie, l’ancien banquier de chez Rothschild Emmanuel Macron, poursuit cette offensive contre le régime des indemnités de chômage. Macron a expliqué dans un entretien avec Le Journal du Dimanche qu'il s'attaquerait à la fois à la durée et au montant des indemnités en imposant un système de paliers digressifs modelé sur les mesures réactionnaires du système allemand Hartz IV.

Vu que la crise capitaliste a fait monter le nombre de chômeurs de différentes catégories en France à plus de 5 millions, ces mesures auront un impact social et économique dévastateur.

Valls a indiqué son soutien à Macron en qualifiant la préparation de cette nouvelle attaque de « discussion légitime ». Macron propose de mettre ces mesures en place d'ici six mois.

Les députés PS à l'Assemblée Nationale proposent aussi d'abandonner le caractère universel des allocations familiales et de le remplacer par un système où les prestations sont modulées en fonction des revenus. Une telle mesure frappera de larges couches de la population.

Ces mesures se conjuguent aux attaques déjà prévues par le budget réactionnaire du PS, qui coupe plus de 21 milliards d'euros de dépenses et contient les premières réductions d'impôts et de charges pour les entreprises prévues par le « pacte de responsabilité » de Hollande.

Le coût du fonctionnement de l'Etat sera réduit de 7,7 milliards et sa contribution versée aux administrations locales est diminuée de 3,7 milliards. Presque la moitié des réductions budgétaires, 9,6 milliards, touche les allocations et les services sociaux. Le système de santé doit réduire ses prestations de 3,2 milliards d'euros, tandis que la branche « Famille » doit réduire ses allocations de plus de 700 millions d'euros.

Les 3,7 milliards d'euros pris aux municipalités et aux administrations régionales aboutiront à l'amputation d'autres prestations sociales comme les repas à l'école ou les aides aux crèches et aux garderies payées par ces organismes.

Les mesures d'austérité dictées par le PS et par la Commission européenne démontrent la banqueroute du capitalisme, qui pousse maintenant la France sur le chemin de la régression sociale vécue depuis 2008 par des pays tels que la Grèce, l'Irlande et l'Espagne. Avec l'arrogance de classe qui les caractérise, des banquiers et hauts fonctionnaires surpayés insistent qu'il faut réduire les travailleurs et de larges couches de la population à la pauvreté.

L'économie européenne est au bord d'un nouvel effondrement économique et de la déflation, ce qui est souligné notamment par l'annonce surprise que les exportations allemandes avaient chuté de 5,8 pour cent au mois d'août et que l'Allemagne semblait entrer en récession.

La crise au sein de l'UE souligne les tensions inter-impérialistes qui se développent à grands pas entre les grandes puissances européennes, notamment la France et l'Allemagne. Au mois d'août, un premier gouvernement Valls avait chuté quand deux ministres, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, avaient critiqué une politique d'austérité qu'ils prétendaient être dictée par Berlin et faisait selon eux monter le Front national (FN) néo-fasciste.

Paris semblait compter sur le soutien de Rome à son budget après la déclaration le 2 octobre du premier ministre italien Matteo Renzi, qui disait que sur ce dossier, « Paris a[vait] raison ». Dans ce sens, l'avertissement adressé à Paris par le chef italien de la BCE, Mario Draghi, est une indication que ce calcul, annoncé dans la presse française pourrait être faux.

Quels que soient les résultats des tractations franco-italiennes, un affrontement explosif se dessine lors du sommet européen cette semaine, notamment entre les principales puissances économiques de la zone euro – l'Allemagne, la France et l'Italie.