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Les lycéens occupent des centaines d’écoles à travers la Grèce

Par John Vassilopulos
12 novembre 2014

Les lycéens ont occupé presque six cent écoles à travers la Grèce lundi dernier pour protester contre la législation New Lyceum qui a été votée par le parlement grec l’année dernière et qui a radicalement réformé la procédure des examens d’admissibilité aux écoles et aux universités. Les écoles chroniquement sous-financées aussi bien que le manque de personnel enseignant étaient également des facteurs qui ont déclenché les occupations.

Depuis la fin de la dictature militaire dans les années 1970, les étudiants ont fréquemment occupé leurs établissements scolaires en signe de protestation. Ces dernières occupations étaient déclenchées selon la presse par une page d’évènement sur Facebook intitulée « Occupations panhélleniques, Dites non au nouveau système, » et ouverte par un usager utilisant le nom de Yiannis Georgiou.

Outre l’introduction d’exigences de notation plus strictes pour le passage d’une classe à l’autre, la législation New Lyceum a introduit une Banque de donnés par sujets, centralement compilée, pour chaque matière. Selon les nouvelles règles, la moitié de toutes les questions d’examen doit trouver son origine dans cette Banque de données, le reste étant fourni par des enseignants individuels. Selon un article paru en mai dans I Efimerida Ton Syntakton (Ef.Syn.) cette mesure obligera les enseignants à adapter leur enseignement au genre de questions prescrites par la Banque de données, qui verra le rôle des enseignants réduit à l’enseignement de techniques de mémorisation d’information. La Banque de sujets est un pas vers les tentatives progressives faites par le gouvernement pour « évaluer enseignants et écoles selon le taux de réussite des élève ».

Les dépenses publiques grecques dans l’éducation représentent 2,5 pourcent du PBI, ce qui est bien au-dessous du niveau moyen de 5 pourcent de l’Union Européenne. Cette situation est le résultat des mesures d’austérité appliquées depuis 2010 par des gouvernements successifs sur l’ordre de l’UE, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international – collectivement connu comme la ‘troïka’. Les dépenses dans l’éducation sont tombées de 35,5 pourcent entre 2009 et 2014 et il est prévu que ces dernières tomberont au-dessous de 2 pourcent du PIB d’ici 2018.

Dans ce contexte, la législation New Lyceum et la Banque de sujets sont un moyen de dresser les étudiants et les écoles les uns contre les autres et de les mettre en concurrence pour l’obtention de ressources de plus en plus rares.

Ceci stimulera le secteur éducatif privé, à savoir la pléthore des écoles de bachotage connues sous le nom de frontistiria. Les frontistria ont historiquement bouché le trou laissé par un manque chronique de financement du système éducatif grec, les ménages dépensant actuellement un total de €1 milliard par an pour les frontistiria ou des cours privés. Les familles se battant pour la survie économique, les contributions financières à débourser en plus pour l’éducation signifient que les perspectives d’étudiants venant de familles défavorisées vont souffrir.

La réponse du ministre de l’Education Andréas Loverdos aux occupations fut de menacer de punition ceux qui y participent. Il évoqua un décret présidentiel stipulant que pour toute occupation d’une école dépassant 3 trois jours, les heures perdues seraient compensées par des cours tenus pendant les weekends, les vacances de Noël et de Pâques et par une réduction du nombre de sorties scolaires. Le décret avait été signé par le président de la République, Karalos Papoulias en décembre 2013, en réponse à la vague d’occupations d’écoles en octobre de la même année.

Loverdos a aussi travaillé avec Manolis Sfakianakis, chef de l’unité du Crime électronique de la police grec, et avec le procureur de la Cour suprême Efterpi Koutzamani afin de découvrir l’identité de la personne qui a créé la page Facebook. Loverdos a dit, « si la page a été créée par un étudiant et bien cela est sans problème. Cependant, si cette personne est d’un âge différent et qu’elle veut déterminer la façon dont les écoles s’organisent, alors c’est un problème. »

La page Facebook a été enlevée du site du réseau social mercredi, mais rétablie le lendemain.

Koutzamani a envoyé une circulaire mardi aux parquets locaux en Grèce, leur demandant qu’ils interviennent pour restaurer l’ordre dans les écoles. Elle a cité une circulaire de 2009 émanant de son prédécesseur, Ioannis Tentes, dans lequel il a instruit les parquets qu’en cas de comportement « extrêmement criminel » pendant les occupations, les parents des auteurs de délits devraient être mis en examen pour établir la base d’une inculpation pour surveillance négligée.

La réponse de l’Etat aux occupations est une expression des mesures autoritaires que les gouvernements successifs ont pris afin de réprimer l’opposition contre les mesures d’austérité qu’ils ont imposées à la demande de la troïka. En février cette année, la police a fait une descente dans une série d’écoles à Athènes et au Pirée, arrêtant des étudiants pour les interroger sur les occupations des écoles d’octobre dernier.

La réponse du pseudo-gauche SYRIZA (Coalition de la gauche radicale) aux occupations est venue de son aile de jeunesse, Jeunesse SYRIZA, lequel a distribué une déclaration mercredi, deux jours après le début des occupations, déclarant vaguement que « les étudiants luttaient contre l’école qu’on préparait pour eux et qu’ils luttent pour une école d’un type différent. »

Ceci a poussé Loverdos à accuser SYRIZA d’être à l’origine des occupations. Selon le journal financier online capital.gr, la direction de SYRIZA était « furieuse » des accusations de Loverdos « étant donné qu’elle s’attendait à ce qu’on comprenne la réponse discrète et le profile bas pris vis-à-vis de cette question. »

Le président du syndicat des enseignants de lycées (OLME) Themis Kotsifakis a réagi de la même façon, lorsque dans un entretien avec Vima FM il s’est tenu à l’écart des manifestants lycéens. Kotsifakis, qui s’est présenté comme candidat de SYRIZA dans les élections européennes cette année, a déclaré, « Je ne veux pas m’engager dans un processus menant à dire, ‘ les jeunes, occupez vos écoles’ ou ‘les jeunes, n’occupez pas vos écoles’ ».

La pseudo-gauche et la bureaucratie syndicale ont fait en sorte d’affaiblir, à travers les grèves limitées de 24 heures, l’opposition aux vagues successives des mesures d’austérité imposées depuis 2010. Les grèves militantes qui menacent directement la politique gouvernementale ont été arrêtées et affaiblies, même au moment où le gouvernement utilisait des ordres de mobilisation civile pour les casser.

Soumettant les grévistes à la loi martiale et leur ordonnant de reprendre le travail, les ordres de mobilisation civile ont été utilisés par des gouvernements successifs depuis 2009. En mai 2013, de tels ordres étaient imposés aux enseignants de lycées en grève après que leur action a été trahie par le syndicat OLME. La grève des ouvriers de l’Entreprise Publique d’Energie en juillet fut la dernière grève en date contre laquelle on utilisait la mobilisation civile pour casser une grève.

(Article original paru le 11 novembre 2014)