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Grèce: élections anticipées début 2015 après la chute du gouvernement

Par Robert Stevens
31 décembre 2014

Des élections législatives seront tenues en Grèce le 25 janvier suite à l’échec du parlement d’élire comme président grec, lundi 29 décembre, le candidat de la coalition gouvernementale Nouvelle Démocratie-PASOK, Stavros Dimas. L’effondrement de la coalition gouvernementale témoigne d’une profonde crise de pouvoir en Grèce et d’une instabilité sociale et politique croissante dans toute l’Europe.

D’après la constitution, Dimas devait obtenir les voix d’au moins 180 des 300 députés du parlement grec pour éviter un effondrement du gouvernement et la tenue automatique de nouvelles élections parlementaires. Le 29 décembre, lors du troisième et dernier tour de scrutin de l’élection à la présidence (deux tours précédents n’ayant pas réussi à faire élire Dimas), le gouvernement ne fut en mesure de recueillir que 168 voix. C’était exactement le même score que celui obtenu lors du tour précédent où il s’était seulement assuré les voix d’une poignée de députés indépendants non-alignés.

Tous les principaux partis d’opposition – SYRIZA (Coalition de la Gauche radicale, 71 députés), le parti fasciste Aube dorée (16), le parti de droite Grecs indépendants (12), le Parti communiste de Grèce (KKE, 12) et la Gauche démocratique (Dimar, 9) – ont voté contre le gouvernement.

Six années de mesures d’austérité brutales imposées par les gouvernements successifs de ND et du PASOK œuvrant en association avec la « troïka » (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) ont créé des ravages dans la classe ouvrière grecque. ND et PASOK, les partis traditionnels de gouvernement de la bourgeoisie grecque, sont à présent profondément haïs.

Que Dimas ait fait l’unité des partis d’opposition, toutes tendances confondues, contre lui, reflète le fait qu’une grande partie de la bourgeoisie grecque a perdu confiance dans le gouvernement du premier ministre et dirigeant de ND, Antonis Samaras. Elle craignait de ne pas pouvoir imposer de nouvelles attaques, plus dures encore, contre le niveau de vie des travailleurs sans provoquer une éruption de l’opposition sociale de leur part.

Elle recherche un nouveau mécanisme politique pour imposer de nouvelles attaques à la classe ouvrière, pour sauvegarder les relations de la Grèce avec l’Union européenne et les banques et pour empêcher une mobilisation des travailleurs grecs et européens contre le programme d’austérité de l’UE, profondément impopulaire.

Les événements survenus ces derniers jours à Athènes ont plus encore démasqué l’UE comme une entité dictatoriale, déterminée à piller la population grecque dans le but de renflouer les banques et les super-riches. Samaras lui-même avait comparé la perspective de nouvelles élections au terrorisme, déclarant candidement que « les marchés ne souhaitaient pas d’élections. »

L’élection à la présidence grecque donna lieu à des interventions extraordinaires de la part de figures marquantes de l’UE. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a quasiment déclaré soutenir le candidat de Samaras, mettant en garde contre les dangers d’un « mauvais résultat électoral. » Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici a, de façon semblable, souligné que ce qui importait c’était « d’en terminer avec le second programme d’assistance rapidement et dans de bonnes conditions, » ajoutant que Bruxelles préfèrait traiter avec ceux qui s’engagent à préserver « l’intégrité de la zone euro et les réformes. »

Samedi, en amont du dernier tour, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a été encore plus catégorique, disant: « Les réformes difficiles sont en train de porter leurs fruits et il n’y a pas d’alternative. Les prochaines élections ne changeront pas la dette grecque. Chaque nouveau gouvernement devra respecter les accords conclus par ses prédécesseurs. » Il a poursuivi en précisant, « Si la Grèce choisit une autre direction, cela débouchera sur une situation difficile. »

En réaction à la chute du gouvernement, le capital financier menace une fois de plus d’étrangler l’économie grecque. Le porte-parole du FMI, Gerry Rice, a annoncé que le FMI allait suspendre les prêts accordés à Athènes. « Les discussions avec les autorités grecques sur l’achèvement du sixième examen du programme… reprendront une fois qu’un nouveau gouvernement sera en place, après consultation avec la Commission européenne et la Banque centrale européenne, » a-t-il dit.

La décision de Samaras de tenir l’élection présidentielle de façon anticipée est survenue après que son gouvernement a échoué à parvenir à un accord avec la « troïka » en vue d’une nouvelle tranche de prêts indispensable pour éviter un défaut de paiement et pour honorer sa dette de 319 milliards d’euros. La troïka avait au lieu de cela autorisé une prolongation de deux mois, jusqu’en février, de son actuel plan de sauvetage. Dans les termes du Financial Times, l’objectif était « l’adoption de nouvelles dures mesures dont des augmentations d’impôts et des réductions des retraites. »

Samaras a calculé que ce calendrier ferait que son gouvernement – qui ne disposait que d’une très mince majorité parlementaire – tiendrait l’élection présidentielle au même moment qu’il aurait à imposer des coupes encore plus vastes contre une écrasante opposition populaire. En organisant cette élection plus tôt, il espérait rassembler une majorité parlementaire suffisante pour éviter tout recours à une élection. Cette stratégie a maintenant échoué.

Il est significatif que, dans le cadre de ses manoeuvres anti-démocratiques, l’Etat grec a libéré sept députés d’Aube dorée de prison où ils étaient écroués en attendant leur procès pour appartenance à une organisation criminelle. Malgré les rumeurs d’un éventuel arrangement dans lequel le gouvernement assurerait l’élection de Dimas avec les voix d’Aube dorée, ceci ne s’est pas matérialisé.

Des parties de la classe dirigeante étaient inquiètes que le fait que la survie du gouvernement dépendait de nervis néonazis ne discrédite encore davantage l’ensemble du système politique. Dans le cas présent, Aube dorée a voté contre le gouvernement.

Les sondages d’opinion montrent actuellement le parti de pseudo-gauche SYRIZA devant ND et sortant vainqueur des élections législatives anticipées. Sa marge de victoire ne devrait toutefois pas être grande, ce qui signifie qu’il devrait gouverner au sein d’un gouvernement de coalition.

Le dirigeant de SYRIZA, Alexis Tsipras, a réagi au scrutin présidentiel en suggérant qu’une victoire de SYRIZA et un changement de cap pour la Grèce étaient imminents. Il a déclaré : « Dans quelques jours, les plans d’austérité appartiendront au passé… Les législateurs ont prouvé que la démocratie ne cédait pas au chantage. »

C’est une escroquerie cynique. Quel que soit le gouvernement qui sortira du scrutin de janvier, il sera implacablement hostile à la classe ouvrière.

Les avertissements les plus sévères doivent être lancés concernant les organisations réactionnaires soi-disant de gauche de la classe moyenne aisée, telles SYRIZA qui propose de renégocier avec la troïka les plans d’austérité de l’UE, ce qui ne peut que signifier donner un nouvel emballage et un autre nom aux coupes. Ses partis frères – Rifondazione Comunista en Italie, le Bloc de Gauche au Portugal, la Unity List au Danemark – ont à maintes reprises rejoints des coalitions gouvernementales qui ont imposé des mesures d’austérité contre la classe ouvrière tout en menant des guerres impérialistes outre-mer.

Des parties de la bourgeoisie estiment qu’un gouvernement mené par SYRIZA pourrait être le meilleur instrument pour gérer une crise qui ne cesse de s’aggraver – et surout pour dissiper l’opposition de la classe ouvrière contre l’austérité causée par l’UE. SYRIZA, qui soutient farouchement l’UE, a passé ces deux dernières années à gagner les faveurs des banques et de l’appareil militaire et du renseignement des principales puissances impérialistes. Les dirigeants de SYRIZA, dont Tsipras, ont fait de nombreux voyages à Washington, Berlin, Paris et Londres.

La question cruciale à laquelle la classe ouvrière est actuellement confrontée en Grèce, comme partout en Europe est de savoir comment intervenir indépendamment dans cette crise politique, contre l’UE et toutes les sections de l’élite dirigeante, y compris contre les partis comme SYRIZA. Il existe au sein de la classe ouvrière dans toute l’Europe une hostilité massive contre les plans d’austérité de l’UE et les tensions de classe ont pris des dimensions explosives. Le défi posé à la classe ouvrière est de comprendre politiquement les dangers que représentent SYRIZA et les autres factions de l’establishment politique.

En Grèce, où une junte militaire soutenue par la CIA était au pouvoir jusqu’en 1974, la classe dirigeante est prête à utiliser tous les moyens pour casser l’opposition de la classe ouvrière. Juste avant le scrutin présidentiel, Panayiotis Baltakos, l’ancien secrétaire général du gouvernement, avait annoncé son intention de former un nouveau parti d’extrême-droite, Rizes (Racines). Il a dit que celui-ci serait basé sur « nos traditions, l’église orthodoxe, les services de sécurité et l’armée. »

(Article original paru le 30 décembre 2014)