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Allemagne: Le parti Die Linke réprime l'opposition au militarisme

Par Ulrich Rippert
11 août 2014

Le parti allemand Die Linke (La Gauche – l’homologue allemand du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon) utilise la guerre à Gaza pour s'aligner inconditionnellement sur la politique étrangère du gouvernement national. Il déploie ses ressources contre les manifestations anti-guerre, et cherche à isoler et à réprimer la lutte des Palestiniens.

Si l'on considère un instant le cours des événements, on voit clairement que les accusations d'antisémitisme utilisées pour calomnier les manifestations proviennent du Karl-Liebknecht-Haus, le quartier général de Die Linke à Berlin.

Ceci est à l'initiative de la direction du parti. Immédiatement après le début des bombardements israéliens, des ténors de Die Linke, dont Gregor Gysi, Katja Kipping et Bernd Riexinger ont, le 11 juillet, mis en garde contre toute critique à l'encontre d'Israël. Ils ont demandé à tous les membres du parti de s'abstenir fermement de toute critique à l'encontre d'Israël au motif que « les condamnations à sens unique » sont incorrectes. Selon eux, les attaques de roquettes du Hamas contre Israël doivent être condamnées tout autant que le bombardement de Gaza par Israël. Le message adressé à leur parti était indubitable: personne ne doit exprimer de solidarité « à sens unique » avec le peuple palestinien contre les attaques d'Israël.

Lorsque quelques jours plus tard la branche de Rhénanie du Nord-Westphalie (RNW) du parti Die Linke et le mouvement des jeunesses du parti ont proposé un rassemblement sous le slogan « Non au bombardement de Gaza: Pour la fin de l'escalade au Moyen-Orient », la direction du parti a réagi avec colère.

Matthias Höhn, dirigeant fédéral de Die Linke a exigé que ce rassemblement soit annulé. Lorsque la section de NRW a refusé, il s'est tourné vers les médias et a initié une campagne médiatique contre les membres de son propre parti. Dans un communiqué de presse cité par Junge Welt le 5 août, il a mis en garde contre des attaques antisémites avant même que se tiennent la manifestation et le rassemblement.

Höhn a exigé que la protection des institutions juives soit renforcée et a déclaré que la synagogue d'Essen serait une cible des participants anti-israéliens au rassemblement, une déclaration absolument injustifiée. Dans le même temps, Höhn a organisé une contre-manifestation pro-israélienne où son collègue de parti, Harald Petzold dirigeant du parti dans le Brandebourg et député, a été le principal intervenant à prendre la parole en soutien à Israël contre la manifestation de soutien à Gaza.

En dépit du climat tendu qui avait été attisé, la manifestation d'Essen contre la guerre à Gaza s'est finalement déroulée dans le calme et a réuni quelque 3 000 participants, chiffre confirmé par la police. Il n'y a eu que quelques déclarations antisémites en marge de la manifestation et qui ont été immédiatement isolées et exclues par les organisateurs.

Malgré cela la direction de Die Linke a gonflé l'incident. Höhn a publié une déclaration immédiatement après la manifestation et que les médias ont aussi fait circuler. Intitulée « C'est une honte », il y déclare qu'il a été profondément affecté par les événements qui se sont déroulés pendant et après la manifestation d'Essen.

Falsifiant massivement ce qui s'est réellement produit, Höhn a déclaré que lors du rassemblement, « des slogans antisémites ont été brandis, que la synagogue d'Essen était une cible déclarée pour les participants anti-israéliens à la manifestation, qu'il y avait eu des jets de bouteilles et de pierres contre les manifestants pro-israéliens: J'ai trouvé tout ceci profondément honteux. » Cette déclaration a contribué à la campagne médiatique de diffamation de toutes manifestations contre le bombardement israélien présentées comme antisémites.

Die Linke a simultanément utilisé cette campagne médiatique au parlement pour conclure une alliance de tous les partis pour soutenir Israël. Le 22 juillet, l'exécutif du comité parlementaire germano-israélien a publié une déclaration où il exprimait ses inquiétudes « sur la flambée de la violence antisémite et d'actes criminels, notamment durant les manifestations. »

Völker Beck (des Verts), dirigeant du groupe, Gitta Connemann (Union des démocrates chrétiens/ Union chrétienne-sociale ), Kerstin Griese (SPD) et Jan Korte (Die Linke) ont unanimement déclaré, « Il est clair pour nous tous, issus de diverses factions, de condamner fermement toutes formes d'antisémitisme. »

Leur texte ne condamne pas les actions de l'armée israélienne et les bombardements terrifiants d'une région plus densément peuplée que Berlin. Au contraire, ont été rapportées de présumées « scènes terribles dans les rues d'Allemagne », « allant de la relativisation et de la négation de l'Holocauste à des chants antisémites et des flambées de violence contre des manifestants pro-israéliens et des citoyens juifs. Cette escalade représente un changement qualitatif et est très préoccupante. »

La malhonnêteté de cette campagne apparaît clairement lorsque l'on lit les déclarations des Verts et des autres partis sur l'Ukraine. Là ils font l'éloge du mouvement de la place Maidan plus tôt cette année et qu'ils décrivent comme un mouvement démocratique où des antisémites et des fascistes déclarés ont joué un rôle majeur pour renverser le gouvernement.

Die Linke utilise cette campagne pour démontrer son soutien inconditionnel au gouvernement allemand sur la question de la guerre. Il soutient le changement de politique étrangère qui se tourne vers une politique de grande puissance impérialiste agressive ainsi que le retour du militarisme allemand.

Au commencement de l'année, il avait été révélé que Die Linke avait été impliqué dès le début dans le retour de la politique militariste allemande. Stefan Liebich, représentant du parti au comité parlementaire des Affaires étrangères a coopéré pendant des mois sur le dossier de stratégie intitulé « Nouvelle puissance, nouvelle responsabilité: Eléments de politique étrangère et sécuritaire allemande pour un monde qui change. » Ceci avait servi de base à la nouvelle direction prise en matière de politique étrangère.

Puis en avril, plusieurs députés de Die Linke au parlement ont voté pour la première fois en faveur d'une intervention militaire de l'armée allemande, soutenant l'envoi d'une frégate en Méditerranée.

A présent Die Linke va plus loin en dénonçant et réprimant les manifestations contre la guerre. Le parti se sert de son influence dans les syndicats pour miner toute participation des travailleurs à la lutte contre la guerre. Lors de ce même rassemblement pro-israélien à Berlin où le dirigeant de Die Linke à Berlin, Klaus Lederer, a attaqué les manifestations anti-guerre, Michael Sommer participait aussi. Sommer a été pendant longtemps à la tête de la confédération syndicale allemande jusqu'à son remplacement il y a à peine quelques mois.

Un rôle particulièrement méprisable dans l'évolution droitière de Die Linke est joué par les groupes de pseudo-gauche au sein du parti tel le SAV (Alternative socialiste.) Son rôle de cache-sexe politique pour Die Linke devient de plus en plus manifeste. L'organisation est d'accord avec la politique droitière de Die Linke et la justifie par une rhétorique opportuniste. On trouve dans ses rangs quelques-uns des démagogues les plus réactionnaires.

Le porte-parole de SAV à Munich Max Brym a écrit que « la tâche principale de la gauche » est de se distancer « du Hamas fasciste. » Il a déclaré que toute critique du gouvernement israélien conduit à l'antisémitisme.

Il a dit que la responsabilité de la gauche est d'identifier et de combattre l'antisémitisme dans la rue et sur les places. Brym a déclaré que, « la conscience de masse est profondément réactionnaire en Allemagne, » et que l'antisémitisme prédomine dans la rue. « Il n'est pas possible pour le moment en Allemagne de faire preuve de solidarité dans la rue avec les gens du Moyen-Orient. »

L'unique réaction du SAV a été de dire: « Le camarade Max exagère. Il aurait mieux fait de discuter de ses idées avant de les publier dans son coin. »

(Article original paru le 9 août 2014)