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Durant la visite du premier ministre grec à Berlin la chancelière allemande a exigé des coupes budgétaires plus importantes.

Par Christoph Dreier
27 novembre 2013

Si le Parti chrétien-démocrate (CDU) et le Parti social démocrate (SPD) négociaient à huit clos la formation d’un gouvernement de coalition, la chancelière allemande Angela Merkel n’a elle, laissé aucun doute, lors de sa réunion avec le premier ministre grec Antonis Samaras, sur le fait que le nouveau gouvernement allait poursuivre et intensifier les ravages sociaux dans toute l’Europe.

Le partenaire SPD de la future coalition soutient ce cours sans réserve. Quand il était dans l’opposition, le SPD avait voté pour les mesures d’austérité dictées sans répit par Berlin et Bruxelles, tout en critiquant certaines de ses pires conséquences. A présent, pas un mot de critique ne vient des rangs du SPD.

Lorsque Merkel et Samaras sont apparus devant les microphones pour la conférence de presse, l’après midi du 22 novembre, ils ont essayé de faire montre d’optimisme et d’unité. « Nous voulons réaliser le programme actuel » a dit Samaras. « Nous pouvons voir la lumière au bout du tunnel. »

Merkel a répété cette phrase pour montrer son accord, ajoutant que le gouvernement grec avait fait des progrès impressionnants dans ses tentatives de faire des économies.

Derrière ce genre de rhétorique il y a une politique extrêmement agressive. La chancelière a été très claire sur le fait qu’elle n’accepterait pas d’allégement de la dette pour la Grèce. Elle a l’intention d’exploiter le niveau hallucinant de cette dette pour attaquer les droits de la classe ouvrière sur l’ensemble du continent.

Merkel s’était déjà opposée la veille à une réduction de la dette pour la Grèce. On voulait considérer tout au plus une réduction des taux d’intérêt ou un allongement de la période de remboursement des prêts, avait dit la chancelière. Ces deux mesures ne contribueraient en rien à réduire la montagne de la dette grecque, elles ne feraient qu’allonger le processus. Lors de la conférence de presse, Merkel a aussi exclu tout relâchement dans les obligations du gouvernement grec, émanant des strictes exigences austéritaires de la Troïka – l’Union européenne (UE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI).

Lundi 18 novembre, le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble (CDU) avait vivement rejeté toute possibilité d’un allègement de la dette. Bien qu’il pourrait y avoir de nouvelles mesures de renflouement en 2014, les pays en crise devront mettre leurs finances en ordre et continuer les réformes structurelles. La Grèce en particulier devait remplir toutes ses obligations, a-t-il dit.

Ces obligations comprennent les coupures budgétaires que la Troïka dicte à la Grèce depuis 2010. La semaine dernière, il y eut de sérieux conflits entre le gouvernement grec et la Troïka à propos du budget de 2014.

Le gouvernement a présenté un projet de budget jeudi 21 novembre, proposant des coupes supplémentaires de 5,6 milliards d’euros. Il est prévu de couper 3,2 milliards d’euro rien que dans les dépenses sociales ; une grande partie de ces coupes viendra du système de santé déjà ravagé.

Ces attaques ne vont pas encore assez loin pour la Troïka cependant. Celle-ci a exigé des coupes supplémentaires d’un milliard d’euros et menacé de retirer des tranches future du programme de renflouement. « De nombreux ministres des finances de l’euro groupe commencent à perdre patience » a dit Jeroen Dijsselbloem au journal grec Ta Nea.

Merkel et Schäuble n’ont laissé aucun doute quant à leur désir de continuer cette politique au delà de 2014. On se servira de l’endettement des Etats pour redistribuer les richesses de la société. En cela, la Grèce sert de modèle pour l’ensemble du continent.

Les coupes budgétaires dictées par la Troïka et Berlin on conduit en Grèce à une catastrophe sociale. Depuis 2010, au moins un million d’emplois ont été détruits et quelques 100.000 entreprises ont fait faillite. Le taux de chômage est à 27 pour cent et seuls 15 pour de ces chômeurs continuent de recevoir une aide sociale. Le reste doit se débrouiller sans rien.

Selon une étude de l’institut Stavros Niarchos, 60 pour cent des familles dans les régions désavantagées sont incapables de donner assez de nourriture à leurs enfants. Dans 23 pour cent des familles, il y a même eu des périodes de famine au cours de l’année passée.

L’inégalité sociale explose. Si en 2009 les revenus des 20 pour cent les plus riches de la population grecque se montaient à cinq fois les revenus des 20 pour cents les moins riches, ils représentent maintenant 7,5 fois plus.

Malgré les coupures brutales dans les dépenses la dette grecque n’a pas baissé mais a, au contraire, augmenté. Avant la crise bancaire, la dette de l’Etat était de 105 pour cent du BIP. Après que le gouvernement ait utilisé des milliards pour sauver les banques grecques, la dette est montée à 142 pour cent (2010). Les soi-disant programmes de renflouement ont ensuite entraîné une nouvelle augmentation. En septembre de cette année, la dette s’est montée à un total de 321,8 milliards d’euros, soit 169 pour cent du BIP. Le gouvernement prévoit que ce taux atteindra 175 pour cent l’an prochain.

Le fait que le budget grec soit parvenu cette année à un surplus net pour la première fois depuis la crise, ne change rien à l’affaire. Selon des projections du gouvernement, l’Etat grec a, sans le service de la dette, reçu 812 millions d’euros de plus qu’il n’a dépensé. Cela ne suffit même pas pour payer l’intérêt de la dette de l’Etat, sans même parler de la dette elle même.

Même un surplus net de 3 milliards, que le gouvernement a prévu, de façon très optimiste, pour 2014, ne réduirait pas de façon significative le fardeau de la dette. Chaque euro économisé va directement sur les comptes des créanciers. Une intensification des coupures budgétaires, comme on l’exige à Berlin, aggravera encore plus la récession.

Les principaux profiteurs du programme de renflouement de la Troïka ont été, à part les grecs riches, les banques internationales et les spéculateurs, étant donné que les 240 milliards de fonds du renflouement ont été utilisés au service des obligations d’Etat qui sont en mains privées et au payement des intérêts. Le résultat est que les créanciers privés ont été capables le plus souvent de vendre leurs obligations avec un gros bénéfice. L’écrasante partie de la dette d’Etat de la Grèce est à présent publique. La population européenne est responsable des créances toxiques des banques.

La continuation de cette politique en Allemagne par une soi disant grande coalition sera par conséquent dirigée contre la classe ouvrière européenne. La politique d’austérité de la Grèce conduira inévitablement à l’effondrement des finances de l’Etat. La dette publique devra être annulée au plus tard à ce moment. Les déficits qui apparaîtront dans les budgets de la zone euro seront récupérés dans la classe ouvrière.

C’est là le programme de la grande coalition en Allemagne.

(Article original publié le 25 novembre 2013)