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Le gouvernement grec divisé sur une loi antiraciste

Par Christoph Dreier
31 mai 2013

Au cours de la semaine dernière, les tensions ont monté au sein du gouvernement grec au sujet du projet de loi contre les incitations au racisme et du financement public du parti fasciste Aube dorée. Alors que le principal parti du gouvernement, les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) ont refusé de soutenir cette loi, leurs partenaires de coalition, le PASOK social-démocrate et la Gauche démocratique (DIMAR), la soutiennent.

Cette loi a été rédigée par le ministre de la Justice Andonis Roupakiotis, après un accord général des trois partenaires de la coalition sur cette initiative. La loi interdirait les incitations à la haine s'appuyant sur l'ethnie, la religion ou l'orientation sexuelle. Une infraction pourrait être punie par des peines de prison allant jusqu'à six ans. Elle interdirait également la négation des crimes de guerre nazis.

Cette loi s'appliquerait également aux députés. Si les dirigeants d'un parti représenté au parlement niaient publiquement l'holocauste, participaient à des attaques racistes ou utilisaient le salut nazi ou d'autres symboles du même type au parlement, ils verraient leur financement public suspendu. Cette partie du projet de loi vise Aube dorée, dont les députés sont régulièrement impliqués dans des attaques contre les immigrés et les opposants politiques.

Le premier ministre Antonis Samaras (ND) a refusé de présenter la loi au parlement et une partie du groupe parlementaire de ND a dit qu'ils voteraient contre, si le PASOK ou le DIMAR la présentaient indépendamment de ND.

La Commission des lois du parlement, dominée par ND, a publié une déclaration critiquant le projet loi comme étant «vague» et «hors de notre cadre constitutionnel.» La commission a également déclaré qu'elle pense que la loi antiraciste promulguée en 1979 est suffisante.

Les affirmations selon lesquelles la loi du gouvernement grec aiderait à lutter contre Aube Dorée, ou contre les sentiments fascistes, sont des mensonges politiques. Présentée par des partis qui ont ruiné la population grecque par des mesures d'austérité dictées par l'Union européenne (UE), elle s'appuierait pour être appliquée sur la police grecque, qui est l'une des principales forces derrière Aube Dorée. Dans les dernières élections, on estime que 60 pour cent des forces de police ont voté pour les fascistes.

Cette loi ne fera que renforcer l'appareil d'État, qui s'en remet lui-même de plus en plus à des méthodes dictatoriales pour réprimer l'opposition de la classe ouvrière. Cette année, le gouvernement a interdit trois grèves importantes, forçant par deux fois les travailleurs à reprendre le travail par des violences policières.

Ce n'est pas la première fois que des attaques contre les droits démocratiques sont déguisées comme une lutte contre les fascistes. Au début du mois, le maire d'Athènes, Giorgos Kaminis, a interdit une manifestation d'Aube dorée sur la place Syntagma. Quelques semaines plus tard, le ministre de la Sécurité Nikos Dendias a annoncé de nouvelles règles strictes pour contrôler toutes les manifestations dans la ville d'Athènes.

Le refus de ce projet de loi par ND n'a rien à voir avec des préoccupations concernant les droits démocratiques de la population grecque. Étant donné les positions racistes de bon nombre de députés ND, cette loi pourrait également affecter ce parti ; ND est, de plus, en train de faire des appels de pied à Aube dorée.

En février, 84 des 125 députés de ND avaient présenté une motion au parlement, demandant que les Grecs naturalisés ne soient pas acceptés dans les écoles militaires ou les postes dans l'armée et la police. Le principal but de cette initiative était d'envoyer un message à Aube dorée que ND pourrait envisager une alliance avec eux dans le cadre d'une nouvelle coalition de gouvernement.

De l'autre côté, parmi les partisans de ce projet de loi, on trouve le DIMAR et le PASOK, ainsi que le principal parti d'opposition, la Coalition de la gauche radicale (SYRIZA) et la Commission européenne.

La commissaire européenne à la politique intérieure, Cecilia Malmström, a déclaré que le gouvernement lui «avait promis» durant son voyage à Athènes la semaine dernière, qu'il «veut présenter le projet de loi bientôt.»

Le président du DIMAR Fotis Kouvelis a déclaré que «l'on ne peut accepter aucun retard» dans le passage de la loi.

Son homologue du PASOK, Evangelos Venizelos a déclaré, «Ce sera un triomphe pour Aube dorée si le projet antiraciste n'est pas déposé au Parlement, et la démocratie apparaîtra passive et en retrait.»

Ces positions sont profondément cyniques. Le PASOK et le DIMAR sont directement responsables des attaques racistes brutales contre les immigrés en Grèce : ils siègent dans un gouvernement qui a organisé la détention et la déportation de milliers d'immigrés par les forces de police.

Au début de février, près de 60.000 personnes avaient été arrêtées dans diverses rafles de la police, dont 4 200 sont en détention en attente d'expulsion.

Le PASOK et le DIMAR, tout comme SYRIZA, ne font rien pour défendre les travailleurs immigrés contre les attaques des fascistes d'Aube dorée. Ils craignent bien plus un mouvement de la classe ouvrière qu'une montée des gangs fascistes menés par Aube dorée.

La montée d'Aube dorée est ancrée dans les mêmes processus sociaux que le passage à des mesures dictatoriales par le gouvernement. Les attaques sociales brutales, menées par l'UE et le gouvernement grec, sont incompatibles avec les droits démocratiques. La Banque de Grèce vient d'estimer que la récession est de 4,6 pour cent et que le chômage a grimpé à 28 pour cent cette année.

Dans un tel contexte, Aube dorée est sciemment entretenue pour s'opposer aux menaces d'une opposition de la classe ouvrière.

Les fascistes réussissent à gagner du soutien pour leur programme arriéré et réactionnaire en raison de la politique pourrie des partis de la pseudo-gauche tel SYRIZA qui soutient l'UE et ses mesures d'austérité aussi bien que le gouvernement grec. Avec les syndicats, ils font tout leur possible pour étouffer la résistance des travailleurs contre les attaques sociales. C'est ce qui crée le climat dans lequel Aube dorée parvient à se faire entendre.

En s'appuyant sur des sections aisées de la classe moyenne, SYRIZA vire encore plus à droite avec la montée des tensions sociales. Dans une démarche sans précédent, SYRIZA a annoncé en mars de cette année un front avec l'extrême-droite et les ultra-nationalistes du Parti des Grecs indépendants (ANEL) pour exiger que Chypre soit soumise à un régime de crédit sous l'autorité de l'UE.

Le président de SYRIZA, Alexis Tsipras a déjà rencontré durant la campagne électorale de l'an dernier l'état-major de l'armée grecque et de la police pour parler collaboration.

La lutte contre les fascistes ne peut s'appuyer sur l'État bourgeois ni ses partisans dans les syndicats et les divers groupes de la pseudo-gauche. Pour battre les fascistes, les travailleurs doivent entreprendre une lutte indépendante contre les attaques sociales, l'appareil d'État et ses défenseurs tel SYRIZA.

(Article original paru le 30 mai 2013)