Home » Nouvelles internationales » Europe » Europe du Sud » Grèce

Intensification des attaques contre les enseignants grecs

Par Christoph Dreier
17 mai 2013

La confrontation entre le gouvernement grec et les enseignants s'est intensifiée. Lundi, des milliers ont manifesté contre l'utilisation par le gouvernement d'un ordre de réquisition contre les enseignants – lesquels sont ainsi placés sous la discipline militaire, obligés à travailler, et il leur est légalement interdit de faire grève.

Les enseignants vont maintenant voter sur un mouvement de grève aujourd'hui 15 mai pour s'opposer à l'ordre de réquisition. Ils ont annoncé leur intention de faire grève vendredi, pour coïncider avec le début des examens d'entrée à l'université en Grèce. Cette action syndicale a pour but de bloquer l'allongement de deux heures du temps de travail des enseignants, le licenciement de 10 000 d'entre eux, et la fermeture d'établissements scolaires.

Le gouvernement Grec, comprenant les conservateurs de Nouvelle démocratie (ND), les sociaux-démocrates du PASOK, et la "gauche démocratique" (DIMAR) qui est issue d'une fraction de SYRIZA, a réagi aux projets de grève en invoquant les mesures de réquisition des civils, forçant les enseignants à reprendre le travail. Les enseignants sont ainsi traités comme des soldats, et une grève serait considérée comme la désertion d'un soldat.

D'après le journal grec Enet, les premiers résultats des votes des associations régionales du syndicat des enseignants, OLME, indiquent une majorité en faveur de la grève. Les enseignants participant à la grève sont menacés d'emprisonnement allant jusqu'à cinq ans et de licenciement, ont confirmé les porte-parole du gouvernement lundi.

La fédération syndicale des services publics, ADEDY, comprenant environ 300 000 adhérents, a clairement dit qu'elle ne mobilisera pas les employés du secteur public pour défendre les enseignants.

Les responsables d'ADEDY ont critiqué l'ordre de réquisition, mais ont fait de grands efforts pour empêcher les actions de solidarité. Une manifestation organisée par la fédération contre les mesures du gouvernement mardi sur la place Syntagma à Athènes, n'a rassemblé que quelques centaines de personnes. C'est encore moins que le nombre d'officiels payés à plein temps par ADEDY et ses affiliés dans la capitale.

La « grève de 24 heures dans les services publics » qu'ils annonçaient n'a finalement pas eu lieu. Apparemment, seule une poignée d'établissements scolaires et d'hôpitaux ont fermé. ADEDY et la fédération du secteur privé GSEE ont appelé à une grève limitée de quatre heures jeudi.

Les enseignants qui se sont rendus à la manifestation de mardi y sont allés pour y exprimer leur mécontentement face à la fédération syndicale. Ils ont défié le dirigeant d'ADEDY, Antonis Antonakos.

« Nous sommes ici pour dénoncer le rôle de briseur de grève d'ADEDY », a dit l'un des enseignants d'Athènes. Il faisait référence au fait qu'ADEDY avait délibérément prévu une manifestation pour mardi afin d'empêcher qu'il n'y aient de grèves de solidarité vendredi. À Pyrgos, dans le Péloponnèse, un groupe d'enseignants à brûlé les lettres de réquisition.

Suite à l'ordre de réquisition du gouvernement, OLME a lancé un appel à ADEDY

pour qu'il demande à ses employés travaillant dans les établissements scolaires de mener des actions de grève de solidarité vendredi et de faire en sorte que les écoles restent fermées.

ADEDY a refusé la demande, déclarant que le syndicat ne voulait pas mettre en péril les examens. Les manifestations inoffensives d'hier et la grève symbolique de jeudi visent à dissimuler cette capitulation éhontée.

La menace de grève d'OLME est une réponse à l'immense vague de colère parmi les enseignants et les autres employés du public face à la dernière vague de mesures d'austérité et d'attaques sociales. Les enseignants nouvellement embauchés ne gagnent déjà guère plus de 585 euros par mois. Ces dernières coupes rendront encore plus difficile pour les nombreux jeunes enseignants au chômage la possibilité de trouver un emploi. Le taux de chômage officiel des jeunes en Grèce est actuellement de 64 pour cent.

Dans ces conditions, les enseignants ne sont pas prêts à accepter de nouvelles coupes et fermetures d'établissements scolaires. Leur détermination à s'opposer à l'ordre de réquisition et à faire grève pour leurs droits sociaux reflète les sentiments de larges couches de la classe ouvrière grecque. Les dirigeants d'OLME ont été contraints d'annoncer des actions de grève pour ne pas perdre leur contrôle sur les enseignants, mais ils ont dit clairement dès le début qu'ils ne s'opposeraient pas à un éventuel ordre de réquisition des civils, encourageant ainsi le gouvernement à le faire.

En dépit de la menace d'arrestation qui plane sur eux, la direction syndicale a réagi par une proposition de dialogue avec les principaux partis du pays. Hier soir, les représentants d'ADEDY ont rencontré le président du principal parti d'opposition, la Coalition de la gauche radicale (SYRIZA), Alexis Tsipras, pour discuter des actions suivantes. Aujourd'hui, ils prévoient de rencontrer les représentants de ND au pouvoir, et dans les jours à venir, ceux de leurs partenaires de coalition, DIMAR et le PASOK.

La direction syndicale fait tout ce qu'elle peut pour empêcher une mobilisation de la classe ouvrière contre les menaces de l'Etat. En janvier, les conducteurs du métro avaient été placés sous loi martiale et les marins avaient subi le même traitement en février. Dans les deux cas, les syndicats ont joué un rôle clé, forçant les travailleurs en grève à reprendre le travail et rendant ainsi possible l'application de la politique d'austérité du gouvernement.

Les syndicats sont aidés de ce côté par diverses organisations, telle SYRIZA qui défend à la fois l'Etat et les attaques sociales lancées par le gouvernement. Ces partis craignent la déstabilisation de l'appareil d'Etat et demandent simplement que le gouvernement fasse preuve de plus de tact dans la poursuite de ses objectifs.

« Des états d'urgence perpétuels ne permettent pas d'instaurer l'ordre et l'état de droit, ils entraînent au contraire leur effondrement, » a déclaré Tsipras au sujet de l'ordre de réquisition. Son parti a proposé que le gouvernement retire son ordre de loi martiale et accepte de négocier à nouveau avec les enseignants après les examens, ce qui revient à refuser aux enseignants la possibilité de mener une grève efficace.

Les mesures dictatoriales adoptées par le gouvernement grec ont le plein soutien de l'UE et de ses Etats membres. Lundi, les ministres des Finances de l'euro-groupe ont réagi à l'ordre de réquisition des civils en donnant leur accord pour verser à la Grèce ses prêts d'urgence qui étaient en attente. Mardi, l'agence de notation Fitch a relevé d'un point la note de crédit du pays.

Les enseignants ne peuvent pas combattre avec des méthodes syndicales cette contre-révolution sociale organisée. La grève des enseignants doit devenir le point de départ d'une large mobilisation politique de l'ensemble de la classe ouvrière grecque et européenne, non seulement contre l'Etat mais aussi contre les syndicats et les groupes de la pseudo-gauche qui les soutiennent. La dictature de l'élite financière, qui a apporté la famine et la pauvreté en Grèce, ne peut être brisée que dans une lutte pour établir un gouvernement ouvrier.

(Article original paru le 15 mai 2013)