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Le gouvernement grec interdit les manifestations dans le centre d’Athènes

Par Christoph Dreier
20 juillet 2013

Le gouvernement grec a profité de la visite jeudi du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, pour imposer une interdiction générale des manifestations dans le centre d’Athènes,

Dans le but de faire respecter cette interdiction, 4.000 policiers ont été mobilisés pour transformer le centre d’Athènes en camp retranché. Les rues et les stations de métro ont été fermées tout au long de la route menant de l’aéroport au centre-ville. L’interdiction des manifestations a été étendue de façon à inclure la place Syntagma ainsi que la place centrale se trouvant devant le bâtiment du parlement grec qui est régulièrement le théâtre de protestations et de manifestations depuis ces cinq dernières années.

Malgré ces mesures, il y a eu de nombreuses protestations. Après que Schäuble s'est rendu au ministère des Finances, un certain nombre de jeunes femmes se sont rassemblées devant le bâtiment en scandant « Dehors ! » et « Hitler dehors ! »

La visite de Schäuble a eu lieu un jour après que le parlement grec a adopté le septième plan d’austérité de ces trois dernières années. Le voyage du ministre allemand des Finances avait pour but de renforcer le gouvernement grec mené par le premier ministre Antonis Samaras (ND) et d’assurer que les coupes exigées par Berlin et Bruxelles soient menées à bien et dans leur totalité.

Lors d’une réunion de la Chambre de commerce gréco-allemande, Schäuble a rejeté les propositions d’une deuxième restructuration de la dette grecque. Il a, au contraire, clairement fait comprendre que la politique d’austérité devait continuer de manière inchangée et étendue grâce à l’application de « réformes structurelles. »

La veille de l’arrivée de Schäuble, le parlement grec avait approuvé le plan d’austérité, le septième depuis 2010, afin de garantir le versement de la prochaine tranche de crédit de 2,5 milliards d’euros. Le plan prévoit le licenciement de 15.000 fonctionnaires, 150.000 devant être congédiés d’ici fin 2014. Le plan a été dicté au gouvernement grec par Schäuble et ses collègues européens.

Le plan avait recueilli le soutien de 153 des 300 députés. Après le retrait de la coalition, en juin dernier, du parti Gauche démocratique (DIMAR), le gouvernement grec s’est retrouvé avec une majorité d’à peine 5 sièges. Tous les partis d’opposition ont voté contre la loi mais le président de DIMAR, Fotis Kouvelis, a souligné que son parti acceptait le principe des coupes.

Le ministre grec des Finances, Giannis Stournaras, a défendu les licenciements de masse dont il prétend qu’ils auraient dû avoir lieu bien plus tôt et pas uniquement du fait de la pression exercée par les créanciers étrangers. Il a ajouté que des mesures drastiques étaient nécessaires pour atteindre l’objectif d’Athènes, afficher un excédent budgétaire primaire en 2013.

Le principal parti d’opposition, la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) de pseudo-gauche, a cherché à détourner l’opposition générale contre les coupes et contre le rôle joué par Berlin en la dirigeant vers des canaux manifestement chauvins. Lors d’un congrès de SYRIZA qui s’est tenu le week-end dernier, le président de SYRIZA, Alexis Tsipras a lancé un appel à « tous les partis patriotes » à rejoindre SYRIZA [qui entretient des relations fraternelles avec le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon en France et le parti Die Linke d’Oskar Lafontaine en Allemagne].

Jeudi, en réaction à la visite de Schäuble, Tsipras a une fois de plus joué sur la corde du nationalisme en soulevant la question du paiement des réparations allemandes à la Grèce. Il a rencontré le président grec Karolos Papoulis pour discuter du thème récurrent du paiement des réparations pour l’occupation nazie en Grèce durant la Deuxième Guerre mondiale. Le sujet, a souligné Tsipras, ne devrait pas être « balayé sous le tapis. »

La position nationaliste de Tsipras est un stratagème cynique servant à masquer sa propre soumission à l’UE et aux banques. En janvier dernier, Tsipras avait effectué un voyage spécial à Berlin pour rencontrer personnellement Schäuble et garantir au ministre allemand qu’un futur gouvernement mené par SYRIZA reconnaîtrait la dette souveraine de la Grèce et maintiendrait la Grèce au sein de l’Union européenne (UE).

Schäuble et le gouvernement allemand portent la responsabilité directe des coupes sociales qui ont eu des conséquences dévastatrices pour la Grèce. Schäuble incarne la politique des mesures d’austérité brutales adoptées par la bourgeoisie européenne contre les travailleurs dans tous les pays.

Il a, à maintes reprises, insisté sur la destruction des systèmes de santé et d’éducation en Grèce, parallèlement aux réductions de salaire exigées par les banques et les spéculateurs. Face à l'imminence des élections de 2012 en Grèce, Schäuble avait adopté le ton d’un maître colonial, en demandant à ce qu’elles soient reportées. Lorsque les élections eurent lieu comme prévu, il spécifia clairement que les mesures d’austérité seraient appliquées sans tenir compte de ceux pour qui les Grecs voteraient en disant « cela ne changera rien, les Grecs peuvent voter pour qui ils veulent. »

Au terme des discussions avec Samaras et Stournaras, Schäuble a déclaré que l’UE fournirait à la Grèce une aide à partir de fin 2014 à la condition que le pays respecte son précédent engagement d’appliquer un vaste programme de privatisation et de licenciements de masse.

Compte tenu de la situation sociale catastrophique en Grèce, sa proposition de fournir aux petites et moyennes entreprises des crédits de 100 millions d’euros est une goutte d'eau dans l’océan. La somme représente une fraction des montants que l’Allemagne reçoit sous forme de paiements d’intérêt de prêts antérieurs à la Grèce.

Une étude publiée dimanche montre que le taux de natalité en Grèce a chuté de plus de dix pour cent entre 2009 et 2011. Le nombre d’enfants mort-nés a augmenté de plus de 20 pour cent depuis 2008. L’explication qu’en donne l’étude est qu’en raison de l’aggravation de la crise économique et des coupes sociales continues, jusqu’à 40 pour cent de la population a été privée d’accès aux soins de santé.

Depuis le tout début de la crise européenne, la Grèce sert de modèle à l’application des mesures d’austérité sur tout le continent. Etant donné que l’establishment politique et la bureaucratie syndicale grecs sont de plus en plus discrédités aux yeux des masses, Athènes recourt de plus en plus fréquemment à des mesures d’Etat policier pour réprimer l’opposition à l’égard de sa politique.

Le gouvernement grec a imposé la loi martiale contre les travailleurs en grève à trois reprises, au moins, cette année et a permis il y a à peine quelques semaines à la police anti-émeute d’envahir les locaux de l’université centrale d’Athènes pour disperser les étudiants. Il s’agissait de la première opération de police de ce type depuis le renversement de la junte militaire en 1975.

La récente interdiction des manifestations est un pas de plus vers des formes de régime autoritaire en Europe.

(Article original paru le 19 juillet 2013)