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Le pillage de la Grèce se poursuit sous le nouveau gouvernement

Par Robert Stevens
6 juillet 2013

Cette semaine, des représentants de la « troïka » (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire européen (FMI)) participaient à des négociations avec le gouvernement grec, dernière étape en date de leur opération de pillage massif contre ce pays de 11 millions d'habitants.

Dans des séances de vérification régulières chaque trimestre, la Grèce est contrainte d'accepter des mesures d'austérité massives exigées par la troïka. Si ces mesures ne sont pas appliquées, la troïka retient la dernière tranche en date de l'ensemble des 172 milliards d'euros du deuxième prêt. La dernière tranche de prêt dont la Grèce a besoin pour éviter la banqueroute se monte à 8,1 milliards d'euros.

Le nouveau gouvernement qui réunit le parti conservateur Nouvelle démocratie et le PASOK social-démocrate (après le départ du troisième parti de la coalition, le Dimar) a déclaré avant les négociations qu'ils envisageaient de parvenir à un accord avec la troïka ce week-end, avant une réunion des pays de l'Eurogroupe le 8 juillet. Un responsable du gouvernement a déclaré, « Les négociations doivent être conclues pour samedi ou dimanche au plus tard afin d'avoir un accord de l'équipe [de la troïka] qui sera discuté lors de l'Eurogroupe lundi. »

En s'appuyant sur un accord, le gouvernement prévoit de présenter immédiatement au Parlement une facture complète. Avant les négociations, les ministres des Finances, de la Santé, de l'Intérieur, du Travail et des Réformes administratives se sont réunis, chacun devant mener des négociations séparées avec les responsables de la troïka.

Suite cette réunion, un responsable du ministère des Finances a décrit cette série de négociations comme « vraiment difficiles », pendant qu'un autre commentait, « la principale question dans les négociations seront les retards dans les réformes du secteur public. »

Reuters a fait remarquer, « les prêteurs ne sont pas contents de la progression de la Grèce en matière de réforme de son secteur public. »

Avant que les négociations ne commencent, le gouvernement avait signalé qu'il était prêt à faire passer de nouvelles mesures d'austérité. Dimanche, le ministre de la Santé de Nouvelle démocratie, Adonis Georgiadis, a accordé un entretien déclarant que toutes les dépenses de santé seraient contrôlées, y compris les dépenses des hôpitaux. Georgiadis, qui a quitté le parti LAOS d'extrême-droite pour ND, a prévenu, « Si je dois fermer des hôpitaux, je le ferais. »

Mardi, après les négociations de la troïka avec le ministre de la Santé, l'agence de presse Athens a fait savoir qu'« un accord de principes avec la troïka a été trouvé sur un nouveau mécanisme de réduction des dépenses, bien que l'on ne sache toujours pas clairement si la mesure comblerait provisoirement un manque d'apport fiscal dans les fonds de retraites. »

L'assurance santé publique EOPYY a des dettes de plus de 1 milliard d'euros, et des coupes brutales supplémentaires vont être imposées dans le secteur de la santé en conséquence de ce type de réductions automatiques des dépenses.

De nouvelles statistiques continuent à faire état d'un cauchemar social suite aux décisions politiques délibérément prévues pour appauvrir des millions de gens.

Cette semaine, l'autorité grecque des statistiques (ELSTAT) a publié des données pour le premier trimestre 2013 montrant que les salaires continuent de chuter. Au cours de l'année dernière, les travailleurs grecs du secteur privé ont vu 10 pour cent de plus de réductions de leur salaire. Le chômage approche les 30 pour cent, avec 1,3 million de chômeurs, et il est à plus de 60 pour cent chez les jeunes. Elstat a également révélé que plus de 1 200 personnes s'étaient suicidées en Grèce entre 2009 et 2011. La police grecque a fait savoir que 3 124 personnes se sont soit suicidées soit ont tenté de le faire entre janvier 2009 et août 2012.

Mardi, quatre responsables de la zone euro ont déclaré que la Grèce n'avait plus que trois jours pour rassurer l'union européenne et le FMI sur le fait qu'elle appliquerait les mesures d'austérité liées aux prêts qu'elle reçoit. Plus tard mardi, la commission européenne a nié qu'une échéance était en place. Cependant, le lendemain, un « haut responsable de la zone euro » a déclaré à Reuters, « si on ne conclut pas cette révision, je n'envisage aucun versement pour la Grèce pour les trois mois à venir. »

D'après les règles du FMI, un gouvernement, pour pouvoir recevoir de nouveaux fonds, doit être entièrement financé pour les 12 mois suivants. Actuellement, la Grèce répond à ces conditions, mais si la troïka n'accorde pas de prêts supplémentaires, elle ne sera probablement plus dans les règles. En août, il faut qu'Athènes rembourse près de 2,2 milliards d'euros d'obligations qu'elle doit.

Un haut responsable du ministère des Finances a dit, « Il n'y a aucune chance que nous parvenions à satisfaire les demandes actuelles telles qu'elles sont établies. » Un autre responsable du ministère a affirmé, « au pire nous devrons augmenter les émissions de bons du trésor à court terme, nous allons retarder le paiement des arriérés et ça pourrait entraîner des délais supplémentaires pour les paiements. »

La troïka insiste pour que la Grèce mène immédiatement le projet de supprimer 4 000 emplois dans le secteur public cette année dans le cadre de la suppression globale de 150 000 emplois pour 2015. La troïka s'est également inquiétée de ce qu'Athènes a raté l'échéance de juin de placer 12 500 fonctionnaires en « schéma de mobilité ». Sous ce programme, les travailleurs sont privés de leur emploi sans être consultés et sont contraints à accepter une importante réduction de salaire pendant un an, puis sont confrontés au licenciement.

Jeudi, la troïka a rencontré le ministre grec des Réformes administratives Kyriakos Mitsotakis pour la troisième fois cette semaine sur ces questions. Mitsotakis a informé la troïka que le gouvernement avait récemment licencié 2 600 travailleurs de la télédiffusion publique grecque (ERT) et qu'il fallait les comptabiliser parmi les suppressions d'emplois requises. Diverses sources ont indiqué que la troïka refusait de reconnaître les 2600 licenciements à ERT comme des suppressions permanentes de postes. Amna a indiqué, « Tant qu'ils n'auront pas d'indications précises sur la manière dont le nouveau télédiffuseur va fonctionner et sur le nombre d'employés qu'il va embaucher, les responsables ne considéreront pas que le gouvernement a effectué des licenciements. »

Mardi, le gouvernement a fait une proposition aux travailleurs d'ERT concernant la transition vers un nouveau télédiffuseur. Le personnel d'ERT a refusé d'accepter son licenciement en masse et continue à occuper les bureaux à Athènes. Ils ont refusé la proposition du gouvernement qui ne reprendrait qu'environ 1000 travailleurs dans la nouvelle structure.

Durant les négociations, Mitsotakis, qui a été choisi comme ministre des Réformes administratives pour imposer les suppressions d'emplois requises, du fait de son expérience de consultant chez McKinsey et de dirigeant dans un fonds d'investissement, a exigé entre trois et cinq mois de plus pour compléter le travail sur le schéma de mobilité.

La Grèce est également en retard de plusieurs milliards d'euros pour des fonds qu'elle avait accepté de remettre à ses créditeurs par un programme de privatisation accepté par la troïka. Après avoir échoué à trouver un acheteur pour sa compagnie de gaz naturel DEPA, en raison du retrait de la compagnie russe Gazprom, et des problèmes continuels de la vente pour 700 millions d'euros du monopole public des jeux d'argent (OPAP), le gouvernement aurait demandé à la troïka de réduire les objectifs de la privatisation qui étaient de 2,6 milliards d'euros cette année. Le DEPA et l'OPAP ont été sélectionnés comme les deux privatisations phares, et leur recettes étaient censées lever la moitié des 2,6 milliards d'euros. Les recettes des privatisations n'a même pas atteint 1 milliard cette année et la cible a déjà été revue à la baisse par deux fois.

Une étude du FMI en juin a prévenu qu'en raison du « ralentissement » des programmes de privatisation, un trou profond apparaîtrait dans le budget du gouvernement et « des financements supplémentaires devront être identifiés. »

(Article original paru le 5 juillet 2013)