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La Gauche européenne choisit Tsipras comme tête de liste pour les élections européennes

Par Christoph Dreier
20 décembre 2013

Le quatrième congrès du Parti de la Gauche européenne (PGE) a eu lieu le week-end dernier à Madrid. Cette alliance de partis a discuté d’un programme commun pour les élections européennes prévues en mai prochain et a élu comme tête de liste Alexis Tsipras, président de la Coalition de la Gauche radicale grecque (SYRIZA).

Les 25 partis qui forment le PGE ont une longue tradition de défense de l’ordre bourgeois. Presque tous ont des racines staliniennes. En Europe de l’est, ils ont émergé des anciens partis d’Etat qui ont réprimé la classe ouvrière des décennies durant pour ensuite réintroduire le capitalisme. A l’ouest, ils n’ont cessé de trahir depuis la Deuxième Guerre mondiale chaque initiative révolutionnaire de la classe ouvrière. Nombre d’entre eux ont participé ou participent encore à des gouvernements qui sont responsables de la démolition sociale et de la guerre. Ils défendent non seulement l’ordre bourgeois et l’Etat, mais aussi l’Union européenne (UE) et ses institutions.

Avec Tsipras, la gauche européenne a choisi quelqu’un qui est particulièrement bienveillant à l’égard de l’UE et qui a l’intention de devenir l’année prochaine le chef du gouvernement grec. Au cas où cela se produirait, il a annoncé que la Grèce restera dans l’UE et accepte le principe de sa dette souveraine. Il n’a pas l’intention de rejeter les conditions du renflouement de l’UE qui ont provoqué une catastrophe sociale sans précédent en Grèce mais il veut simplement en renégocier les termes.

Dans une interview accordée peu de temps après sa nomination au site Internet EurActiv, Tsipras a clairement fait connaître sa détermination à adhérer aux dictats d’austérité de l’UE. Lors de cet entretien il a fait miroiter aux partis sociaux-démocrates européens la possibilité d’une coopération. Ces partis devraient décider s’ils souhaitent poursuivre les coalitions avec les conservateurs, a-t-il expliqué, ou s’ils « veulent changer l’orientation politique et travailler en faveur d’une alliance avec la gauche radicale. »

Les sociaux-démocrates ont joué un rôle majeur dans l’application des mesures d’austérité de l’UE. En Grèce, le parti social-démocrate PASOK a imposé, avec une brutalité extrême, à la population les dictats d’austérité. En Allemagne, les sociaux-démocrates (SPD) ont signé un accord de coalition avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel et qui déclare carrément, « La politique de consolidation budgétaire doit être poursuivie. »

En offrant sa collaboration à ces partis, Tsipras énonce de façon claire et nette sa position : dans le camp de l’UE, des banques et des grands groupes qui contraignent les travailleurs à vivre partout en Europe dans la pauvreté.

Le congrès a cherché à masquer quelque peu cette politique. La majeure partie des débats et des résolutions discutées ont proposé des réformes dont les délégués étaient conscients qu’elles ne pourraient pas être réalisées dans le cadre de l’UE et qu’ils laisseront rapidement tomber sitôt qu’ils auront intégré le gouvernement de quelque pays que ce soit.

Lors du discours qu’il a prononcé au congrès, Tsipras a énuméré diverses suggestions de réforme susceptible d’« humaniser » l’UE. Celles-ci comprennent la mise en place d’un système bancaire différencié dans lequel le secteur des investissements sera séparé des secteurs de gestion de fortune et d'octroi de crédits, le prêt d’argent directement par la BCE aux Etats membres ainsi que l’éradication des paradis fiscaux. Tsipras a l’intention d’organiser, lors d’une « conférence européenne sur la dette », une restructuration de la dette (décote) pour les pays d’Europe méridionale pour garantir que les prêts restants seront remboursés.

La plateforme adoptée par les délégués contient des points identiques, mais en plus vagues. Les exigences comprennent un « audit citoyen » de la dette et l’annulation des « dettes illégitimes » ainsi que leur « restructuration. »

Des éléments de « contrôle de la finance » sur une base démocratique, précise le document, doivent être « rétablis ».

Ces exigences reconnaissent implicitement l’UE et son régime de renflouement. La Gauche européenne ne se préoccupe pas de rompre avec les dictats d’austérité venant de Bruxelles, mais se préoccupe plutôt de présenter les institutions communautaires comme étant capables d’être réformées et de pouvoir devenir moins hostiles à l’égard des droits sociaux de la classe ouvrière.

En réalité, des millions de travailleurs de par le continent connaissent le véritable caractère de l’UE. L’UE a organisé à une échelle historique des attaques sociales en Irlande, en Grèce et dans d’autres pays d’Europe méridionale et orientale. En Grèce, les salaires ont été réduits de 40 pour cent et des milliers d’emplois ont été détruits. Partout en Europe, l’UE est le principal outil servant à imposer la déréglementation, les privatisations et les bas salaires.

L’UE a aussi aggravé et non pas réduit les conflits nationaux au sein de l’Europe et a encouragé la croissance des forces fascistes. Les puissances européennes ont participé à chaque opération militaire menée ces 20 dernières années par l’OTAN. Dès le départ, l’UE et les organisations qui l’ont précédée ont été des instruments aux mains des plus puissants intérêts capitalistes.

Compte tenu de ce bilan et de la colère populaire grandissante à l’égard des coupes sociales de l’UE, il devient de plus en plus difficile pour la Gauche européenne de transfigurer l’UE.

Pour contenir cette opposition sociale, le congrès a cherché à critiquer plus fortement l’UE qu’auparavant. Outre la plateforme, les délégués ont adopté un « document politique » qui n’est cependant pas contraignant pour les différents partis membres.

Il y est dit, par exemple, que « la raison d’être de l’architecture économico-institutionnelle de l’UE est exclusivement de protéger les intérêts du grand capital. » Et donc, une « nouvelle refondation de l’Europe » est nécessaire tout comme une « redéfinition de ses objectifs, de sa politique et des ses structures. » Et ils ont même finalement déclaré que « le capitalisme ne pouvait pas être humanisé. »

Aucune conclusion n'a toutefois été tirée. Le « document politique » n’a pas appelé à la dissolution de l’UE mais uniquement à davantage de sommets sur la dette et à une politique quelque peu différente de la part de la BCE.

En ce qui concerne la politique étrangère, le détonateur pour une guerre future a été fourni. Le document stipule, « L’UE pourrait être une alliée forte des peuples qui luttent pour leur autodétermination. » Chypre, qui est divisée, a été citée en exemple pour vouloir s’unifier sous le régime de la bourgeoisie grecque. L’UE devrait faire pression sur la Turquie qui, précise le document politique, en occupe illégalement le nord depuis 1974.

De plus, l’UE pourrait garantir la paix sur le plan international « en garantissant le respect du droit international. » Chaque guerre impérialiste au cours de ces dernières années, à commencer par l’Afghanistan, en passant par la Libye et la Syrie et jusqu’à l’Irak, a été justifiée par de tels arguments.

Indépendamment de son nom, la gauche européenne est une compilation de partis droitiers qui ont une longue histoire de répression des aspirations indépendantes de la classe ouvrière.

Des membres de l’Europe de l’est , le Parti du Socialisme démocratique tchèque (SDS), le Parti de l’Alliance socialiste roumain (PAS) ou le Parti des communistes de la République de Moldavie (PCRM), trouvent tous leur origine dans les partis d’Etat staliniens. De nos jours, ils n’éprouvent aucun scrupule à s’allier aux éléments les plus droitiers.

Lorsqu’un correspondent du WSWS a interrogé le président de PAS au sujet de leurs manifestations communes avec les fascistes, il a répondu, « Je suis content de voir qu’ils pensent comme nous. »

En Europe de l’ouest, le Parti communiste français (PCF) a à son actif une histoire longue de plusieurs décennies de soutien apporté à l’Etat bourgeois. Il a trahi la grève de 1936, intégré le gouvernement de de Gaulle en 1945 en désarmant la résistance, il a organisé la trahison de la grève générale de 1968 pour finalement devenir un partenaire loyal dans les gouvernements de Mitterrand et de Jospin.

L’organisation grecque SYRIZA est issue de l’aile eurocommuniste du stalinisme. En 1992, elle a soutenu le traité de Maastricht et est depuis un fervent promoteur de l’UE. L’Alliance Rouge et Verte danoise soutient le gouvernement Thorning-Schmidt qui a organisé en avril dernier une grève décidée par les patrons à l’encontre de 70.000 enseignants.

Toutes ces tendances sont réunies dans le parti allemand Die Linke (La Gauche – l’homologue allemand du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon en France). Dans les gouvernements régionaux, dans lesquels il a participé, Die Linke s’est distingué par sa dureté extrême à l’égard des droits sociaux de la classe ouvrière.

Le congrès qui a eu lieu le week-end dernier était une tentative de dissimuler une telle politique réactionnaire derrière un discours de gauche pour fournir une nouvelle légitimité à l’UE.

(Article original paru le 19 décembre 2013)