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L'austérité imposée par l'UE stimule la répression en Grèce

Par Christoph Dreier
15 octobre 2012

Au cours de sa visite éclair à Athènes mardi, la chancelière allemande Angela Merkel a clairement indiqué que l'Union européenne entend intensifier ses attaques contre les droits sociaux et les conditions de vie des travailleurs dans toute l'Europe.

Protégée par 7000 policiers anti-émeute, Merkel a traversé à toute vitesse des rues vidées de leurs passants pour arriver à son rendez-vous avec le premier ministre grec Antonis Samaras. Son objectif est de s'assurer que Samaras ne reculera pas dans l'application des mesures d'austérité sauvages dictées par l'UE. Merkel a ensuite rencontré des hommes d'affaires triés, qui espèrent faire des bénéfices exceptionnels grâce aux salaires de misère imposés aux travailleurs grecs.

Le même jour en France, une coalition rassemblant le Parti socialiste au pouvoir, l'Union pour un mouvement populaire de droite, et le Mouvement démocratique de centre-droit, a voté à l'Assemblée nationale en faveur du pacte fiscal que Merkel avait négocié avec l'ex-président français, Nicolas Sarkozy. Bien que le successeur de Sarkozy, François Hollande, ait remporté les élections en mai dernier en grande partie par la promesse de renégocier ce pacte fiscal, celui-ci a été voté sans qu'une virgule y soit changée. Il engage la France à réduire son déficit budgétaire par des coupes radicales dans les dépenses sociales.

La Grèce sert d'exemple pour toute l'Europe depuis qu'elle a demandé un renflouement en 2010. Les réductions de salaires, les licenciements massifs et la destruction des programmes sociaux, imposés par les gouvernements grecs successifs pour le compte de la troïka (Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne) sont le modèle suivi par tous les autres pays européens.

Bien que cette politique ait plongé la Grèce dans la récession la plus profonde de son histoire – condamnant de larges couches de la population à la pauvreté et au chômage tout en faisant augmenter la dette grecque jusqu'à des niveaux record – cette politique va maintenant être intensifiée et étendue à toute l'Europe par ce pacte fiscal.

Ce programme d'austérité sape à chacune de ses étapes les objectifs affichés : réduction de la dette publique et maintient de la cohésion de la zone euro. Néanmoins, il facilite un autre programme, non affiché celui-là. La bourgeoisie européenne, opérant par l'intermédiaire de l'UE et des gouvernements nationaux, ne va pas s'arrêter avant d'avoir réduit les conditions de vie des travailleurs européens au même niveau que celles des travailleurs de Foxconn en Chine et des mineurs d'Afrique du Sud.

Même maintenant, en pleine crise, des niveaux de richesse obscènes s'accumulent au sommet de la société. Les millionnaires grecs qui ont déposé au total des milliards dans les banques suisses, ne sont pas touchés, alors même que le ministre des finances grec possède depuis deux ans des informations compromettantes sur leurs placements. Les milliards d'euros provenant du fonds de renflouement européen vont directement aux banques, et de là sur les comptes des riches, pendant que les travailleurs sont systématiquement volés.

La Grèce est à l'avant-garde, non seulement des attaques contre les droits sociaux, mais également des attaques politiques contre la classe ouvrière.

Jusqu'ici, le gouvernement s'est surtout appuyé sur les syndicats et les organisations de la pseudo-gauche comme SYRIZA (Coalition de la gauche radicale) pour retenir la résistance de la classe ouvrière. Les syndicats ont organisé des manifestations limitées pour que les travailleurs se défoulent, tout en travaillant avec le gouvernement et en diffusant des illusions sur le fait que l'UE pourrait être réformée et poussée à appliquer une politique favorable à la classe ouvrière.

Cependant, ces méthodes sont en train de s'user. Le dirigeant de SYRIZA, Alexis Tsipras, a juré aux élections de juin dernier que lui et le nouveau président français allaient changer le cours de l'UE. Comme le prouve l'adoption du pacte fiscal à Paris cette semaine, cette perspective est totalement chimérique.

Maintenant, la bourgeoisie grecque se tourne vers les méthodes utilisées par la classe dirigeante en Europe dans les années 1930 : la terreur fasciste et un régime autoritaire. Elle mobilise les couches les plus arriérées de la population pour intimider et réprimer la classe ouvrière.

La torture par la police de manifestants qui s'opposaient au parti fasciste Chrysi Avgi (Aube dorée) constitue un avertissement aux travailleurs de tous les pays. Ce qui s'est produit dans les prisons d'Athènes rappelle les tortures d'Abu Ghraib et les crimes qu'on n'avait plus revus en Europe depuis les dictatures en Grèce, en Espagne et au Portugal dans les années 1960 et 1970.

Au cours de ces derniers mois, les forces de l'Etat ont contribué à construire Aube dorée, en couvrant politiquement ses attaques contre les immigrés et les opposants de gauche au gouvernement. Il est de notoriété publique qu'une grande partie des policiers en Grèce sont des membres ou des partisans du parti fasciste.

Tout cela est silencieusement toléré par les représentants de l'UE. La presse allemande réagit avec inquiétude aux croix gammées brandies cette semaine par quelques manifestants anti-Merkel [manifestants de gauche, ndt], mais elle ne dit rien des activités des fascistes en Grèce. C'est parce que tous les gouvernements d'Europe se préparent à réprimer par la force la résistance ouvrière. En Allemagne, la Cour constitutionnelle a récemment inversé sa jurisprudence et autorise maintenant l'armée allemande à intervenir à l'intérieur du pays.

La dévastation sociale imposée en Europe est incompatible avec la démocratie. Plus les antagonismes de classes s'intensifient, plus les élites dirigeantes se sentent obligées de s'en remettre à des formes de gouvernement autoritaires. Ce qui a débuté par la persécution des immigrés en Grèce s'est étendu rapidement à la torture des opposants politiques, et sera à l'avenir dirigé contre toute la classe ouvrière européenne.

La défense des droits sociaux et démocratiques est inséparable de la lutte contre les institutions de l'UE et sa politique contre-révolutionnaire. Comme ce fut le cas dans les années 1930, l'Europe est confrontée à une alternative très nette : soit l'élite dirigeante plonge le continent dans la guerre et la dictature en tentant de sauver sa richesse, soit la classe ouvrière prend le pouvoir et remplace l'UE des banques et des grands groupes par les États socialistes unis d'Europe.

Ceci requiert, avant tout, que les travailleurs et les jeunes rompent avec les syndicats et les partis de la pseudo-gauche qui cherchent à les subordonner aux institutions de l'UE et à l'Etat bourgeois, ouvrant ainsi la voie à la montée des tendances fascistes comme Aube dorée. La réalisation d'un tel programme n'est possible qu'en s'appuyant sur un mouvement indépendant de la classe ouvrière et sur la construction du Comité international de la Quatrième Internationale comme parti international de la classe ouvrière.

(Article original paru le 13 octobre 2012)