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Les partis d’opposition et les syndicats organisent des manifestations en Allemagne

Par nos correspondants
4 octobre 2012

Des manifestations impliquant plusieurs milliers de personnes se sont déroulées samedi 29 septembre, dans une quarantaine de villes allemandes. Les protestations ont été organisées par les associations de bienfaisance, les syndicats et les trois principaux partis d’opposition – le Parti social-démocrate allemand (SPD), les Verts et le parti La Gauche (Die Linke). Derrière le slogan « Pour une redistribution équitable », les organisateurs ont réclamé l’introduction d’un impôt sur la fortune.

Les manifestations étaient une tentative évidente de démarrer la campagne pour les élections législatives de 2013 en détournant l’attention de la responsabilité qui incombe précisément à ces mêmes partis d’opposition pour l’inégalité sociale grandissante. La veille des manifestations, le SPD avait nommé le politicien droitier et le confident du monde des affaires, Peer Steinbrück, comme son candidat à la chancellerie.

Die Linke et les Verts ont immédiatement réagi en déclarant qu’ils ne voulaient pas participer à un futur gouvernement de coalition qui serait mené par Steinbrück.

Plus de vingt syndicats et plus de 300 organisations avaient appelé à protester et la participation de quelque 20.000 personnes à travers le pays a été bien inférieure aux attentes des organisateurs. Ceux qui y ont participé étaient majoritairement des responsables et des membres des organisations ayant organisé les manifestations.

A Berlin, environ 3.000 personnes ont défilé à travers le centre-ville, allant de la Place de Potsdam à la Fontaine de Neptune. La manifestation aurait été plus petite sans la participation des membres et des partisans des organismes de bienfaisance qui ont défilé en tête des manifestations. Ils étaient suivis par les bureaucrates syndicaux et les responsables des partis d’opposition. Les organisations anarchistes et divers groupes pseudo-gauches tels l’Alternative socialiste (SAV affiliée à la Militant Tendency) finissaient la marche. Cette dernière avait joué un prépondérant dans la préparation des protestations.

A Hambourg, l’un des principaux orateurs lors du rassemblement final a été le dirigeant de la Coalition de la Gauche radicale en Grèce (SZRIZA), Alexis Tsipras. Dans son allocution, tenue devant 3.500 manifestants, Tsipras s’est opposé aux coupes imposées à la Grèce par l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire International (FMI), mais il a assuré à la foule que son parti n’avait pas l’intention de défier les institutions de l’UE. Cependant, même cette timide critique à l’égard du programme d’austérité de l’UE et du FMI a été de trop pour les membres du SPD et des Verts présents au rassemblement. Ils ont quitté la manifestation alors que Tsipras parlait encore.

Le principal orateur à Francfort a été Frank Bsirske, le président du syndicat de la fonction publique Verdi qui a lancé un appel au SPD, aux Verts et à Die Linke pour « faire de la question de la redistribution le point central lors de la prochaine campagne électorale des législatives. »

La majorité des quelques travailleurs ordinaires présents aux manifestations ont été écoeurés par l’hypocrisie des bureaucrates syndicaux. « C’était avant tout les syndicats qui ont rendu possible la redistribution de la richesse en faveur des riches, » a dit au World Socialiste Web Site Thomas, de Bochum, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

RassemblementLe rassemblement à Bochum

Elke (51 ans), une mère de deux enfants présente au rassemblement de Bochum a aussi exprimé son manque de confiance dans les syndicats et les partis de l’establishment politique. Elle a dit : « Il devrait y avoir un mouvement indépendant de tout parti politique, un mouvement qui soit issu de la population : un conseil choisi démocratiquement et appuyé par les spécialistes pour gérer l’économie et la société. »

Le directeur de l’Association paritaire allemande de Bienfaisance, Ulrich Schneider, a déclaré du haut de la tribune : « Nous sommes ici et nous resterons dans la rue jusqu’à l’année prochaine pour exiger des réponses. »

Elke a répondu: « Est-ce-qu’il parle des élections de l’année prochaine ? Est-ce-qu’il pense vraiment que tout ira bien alors? Les élections n’y changeront rien. »

A la manifestation de Francfort, Mehmet, un cheminot plus âgé travaillant pour Deutsche Bahn (chemins de fer allemands) a dit au WSWS : « La crise a été causée par les riches et nous, la population, devons régler la note. A mon avis, le capitalisme signifie crise, guerre et injustice sociale. Nous devons lutter pour un monde différent et un système différent parce que seuls les riches sont sûrs de bien vivre. Les pauvres plongent toujours davantage dans la misère. »

Lorsqu’ils étaient au gouvernement, de 1998 à 2005, le SPS et les Verts, menés par le chancelier Gerhard Schröder (SPD), ont redistribué du bas vers le haut plus de richesses que n’importe quel autre gouvernement avant et depuis. Ils ont réduit drastiquement le taux maximal d’imposition de 53 à 42 pour cent, ils ont diminué l’impôt sur les sociétés et créé un énorme secteur à bas salaire. Dans le même temps, ils ont appliqué l’« Agenda 2010 » antisocial et la législation Hartz IV.

Ils ont continué jusqu’à aujourd’hui à réclamer des coupes sociales dans l’intérêt des banques et à imposer des mesures d’austérité au niveau régional et fédéral partout où ils sont au pouvoir.

Le candidat du SPD à la chancellerie, Peer Steinbrück, est positionné à l’extrême droite du parti. En tant que ministre des Finances dans une grande coalition dirigée par les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel, il avait personnellement été responsable d’injecter des milliards dans les banques en 2008, et qui sont actuellement récupérés au moyen du « Frein à l’endettement » (soutenu par le SPD et les Verts) sous forme de coupes sociales.

Alors que Die Linke était au pouvoir au Sénat de Berlin entre 2001 et 2011, ils avaient appliqué des coupes sociales aux dépens de la population qui allaient au-delà de tout ce que les gouvernements dirigés par les partis conservateurs n’avaient jamais osé faire.

Les syndicats ont joué un rôle déterminant dans le développement d’un vaste secteur de bas salaires et qui, à son tour, a miné les salaires et les conditions de tous les autres travailleurs. Les syndicats ont à maintes reprises collaboré avec les patrons pour imposer des réductions de salaires.

Compte tenu de ce bilan, la campagne pour la « redistribution équitable » ne peut être qu’un stratagème cynique. Il a été laissé le soin aux groupes pseudo-gauches de présenter les manifestations comme un genre de protestation sociale authentique. Leurs tracts ne mentionnaient ni la politique d’austérité du SPD et des Verts ni le rôle joué par Die Linke et les syndicats. Au lieu de cela, ils ont défendu les organisateurs et promu l’illusion qu’elles pourraient être poussées vers la gauche en exerçant une « pression d’en bas. »

L’Alternative Socialiste (SAV) n’a pas mentionné les coupes sociales introduites par le SPD, les Verts et Die Linke ou bien le rôle traitre joué par les syndicats. Elle a fait l’éloge des manifestations comme étant le prélude à une « journée d’action de la CES », c’est-à-dire une manifestation des syndicats européens. La SAV a aussi appelé Die Linke à exercer plus de pression sur le SPD et les Verts lors de la campagne des élections de 2013.

(Article original paru le 3 octobre 2012)