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La pseudo-gauche démasquée en Grèce

Par Alex Lantier
25 mai 2012

Il n’aura fallu que quelques jours après l’arrivée de la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) en tête des intentions de vote pour les élections du 17 juin en Grèce pour que la faillite de sa politique devienne évidente.

On s'attend à ce que des millions de travailleurs votent contre les principaux partis de Grèce, le parti social-démocrate PASOK et le parti de droite Nouvelle Démocratie, pour manifester leur opposition à la catastrophe économique créée par les soi-disant plans de sauvetage que ces partis ont négociés avec l’Union européenne (UE). L’économie de la Grèce s'est contractée de plus de 20 pour cent depuis 2009, enregistrant le plus grand effondrement depuis l’occupation du pays par les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale.

Les travailleurs veulent récupérer les salaires et les services sociaux que l’UE leur a volés et détruire la dictature des banquiers qui est supervisée par la « troïka » - l’UE, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE).

SYRIZA a réagi à la colère grandissante en critiquant la politique d’austérité de l’UE. Avant son récent voyage à Paris et à Berlin, le dirigeant de SYRIZA, Alexis Tsipras, a toutefois dit aux politiciens et aux journalistes de ne pas prêter attention à ces déclarations.

En soulignant, dans une interview accordée à Reuters, que « ce qui se dit sur nous en Europe ne correspond pas à ce que nous sommes et à ce que nous voulons, » il a promis des « réformes sur le long terme ». Sur la base de ses réformes, Tsipras escompte préserver l’unité de l’UE et de l’euro en garantissant aux banques de leur « rembourser l’argent qu’[elles] nous ont donné. »

Tsipras a omis de mentionner le fait que les banques sont remboursées grâce à un abaissement massif du niveau de vie de la classe ouvrière. Sa tentative de lier la critique de l’austérité au soutien du cadre de l’UE s’est rapidement révélée être intenable. Son attitude de politicien « radical de gauche », grâce à laquelle SYRIZA espère obtenir 28 pour cent des voix, n’a même pas duré de temps qu’il lui fallait pour boucler ses valises avant de se rendre à Berlin.

La tentative de SYRIZA de parvenir à un meilleur accord avec les classes dirigeantes européennes a été réduit à un effort pour introduire des changements cosmétiques aux mesures d’austérité imposées aux travailleurs. En ceci, Tsipras représente les couches de la classe moyenne supérieure grecque et de la bourgeoisie. Il en appelle aux sections de la bourgeoisie européenne, y compris le président français nouvellement élu, François Hollande, qui préfère une politique d’austérité telle qu’elle est conçue par les Etats-Unis que par la chancelière allemande, Angela Merkel.

Tsipras a fait l’éloge du renflouement plus important des banques par Obama, ce qui a rendu « la récession moins sévère qu’en Europe ». Il a dit au New Times qu’il voulait « faire pression sur Merkel pour qu’elle suive l’exemple de l’Amérique où l’on n’a pas abordé la crise de la dette avec des mesures d’austérité mais avec une approche expansionniste. »

Quelle imposture! Alors que Washington a dépensé des milliers de milliards pour renflouer Wall Street et pour les guerres impérialistes au Moyen-Orient, la classe ouvrière américaine a été saignée à blanc par des coupes sociales. Aux Etats-Unis, comme en Grèce, l’accès aux soins de santé et à l’éducation est drastiquement réduit, des millions de gens sont sans emploi et le taux de chômage des jeunes dans les principales villes américaines telles Washington DC et Detroit correspond au même taux de 50 pour cent qu’en Grèce.

La classe ouvrière fait face à une lutte non pas contre tel ou tel politicien impérialiste individuel mais contre un ordre social – le capitalisme – qui a fait faillite dans le monde entier.

En Europe, ceci est lié à une lutte internationale pour renverser l’Union européenne, un repaire de brigands dans lequel les politiciens impérialistes – de droite ou, comme Tsipras, de la « gauche » bourgeoise – bricolent des plans pour attaquer le prolétariat à une échelle jamais vue depuis que Hitler a gouverné l’Europe. Les travailleurs doivent rejeter tout appel au sacrifice au nom du sauvetage de cette institution réactionnaire.

Dans les luttes de classe à venir, le parti SYRIZA affrontera les travailleurs comme son ennemi. Son objectif, qu’il soit au pouvoir ou non, est de contenir l’opposition populaire à la politique d’austérité et de maintenir la domination politique du capital financier sur la classe ouvrière. Si la classe dirigeante grecque permettait à SYRIZA de prendre le pouvoir, dans une tentative de parer à la radicalisation de la population, ceci se soldera par de nouvelles déceptions et défaites pour la classe ouvrière.

De nombreux alliés internationaux de SYRIZA, tel le parti allemand Die Linke et le Parti communiste français (PCF), ont un long passé de coupes sociales dans des gouvernements locaux ou nationaux. Quant aux autres partis qui se félicitent de la montée de SYRIZA dans les sondages, tel le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France et l’International Socialiste Organisation (ISO) aux Etats-Unis, eux aussi sont issus de couches sociales aisées qui espèrent tirer un profit matériel de leurs liens avec des gouvernements qui attaquent les travailleurs.

La vérité sur la base de classe de ces partis et l’imposture que représente leur attitude soi-disant de gauche sera révélée au grand jour. Ils ne sont ni socialistes ni révolutionnaires ni même réformistes. Leur politique propose non pas une amélioration mais une régression du niveau de vie de la classe ouvrière.

La seule façon pour les travailleurs grecs de s’opposer aux exigences qui leur sont imposées est d’en appeler à la classe ouvrière d'Europe occidentale et au-delà en faveur d’une lutte commune contre la dictature du capital – cela veut dire adopter une politique révolutionnaire. L’unique perspective viable est la lutte pour le socialisme en s'emparant du pouvoir de l’Etat et en arrachant le contrôle de l’économie des mains des capitalistes.

Les travailleurs et les jeunes à l’esprit socialiste doivent lutter pour briser l’influence des partis de pseudo-gauche et construire une direction socialiste au sein de la classe ouvrière fondée sur les traditions du trotskysme tel qu’il est défendu par le Comité international de la Quatrième Internationale. La tâche historique des luttes à venir en Grèce est le renversement de l’Union européenne et la construction des Etats socialistes unis d’Europe en tant que partie intégrante de la révolution socialiste mondiale.

(Article original paru le 24 mai 2012)