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Le Parti communiste grec organise son dernier rassemblement électoral

Par Christoph Dreier et Katerina Selin
20 juin 2012

Le dernier rassemblement électoral du Parti communiste grec (KKE), qui s’est tenu vendredi dernier, ressemblait à ceux de ces dernières années. Les différentes catégories professionnelles du parti ont défilé, munies de nombreuses bannières du parti, et ont convergé en étoile vers un rassemblement central à la place Pedion Areos, à Athènes, où la secrétaire générale, Aleka Papariga, a fait une allocution d’une heure.

La situation politique a toutefois fondamentalement changé au cours de ces trois dernières années. La contre-révolution sociale lancée en Grèce sous les auspices de l’Union européenne (UE) a poussé des millions de travailleurs dans la misère et exacerbé les relations sociales jusqu'au point de rupture. La société grecque entre dans une situation pré-révolutionnaire.

La section jeunesse du KKE lors du rassemblement

Dans ces conditions, le KKE ultra-stalinien joue un rôle clé pour l’élite dirigeante en détournant et en réprimant la colère sociale. Ceci était évident lors du rassemblement.

Des milliers de gens ont participé à l’événement, pour la plupart des membres du parti ou de ses syndicats affiliés, le Front militant des Travailleurs (PAME). Beaucoup de jeunes participants avaient des liens familiaux avec le parti.

A la question de savoir pourquoi ils soutenaient le KKE, la plupart ont dit qu’ils ne croyaient pas à la propagande de la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) qui affirme qu’il est possible de défendre les droits des travailleurs dans le cadre de l’UE.

« Le KKE est contre l’UE qui est contre les gens en Europe et contre tous les partis qui cherchent une solution humaine à la crise, » a dit Maria, 43 ans, qui a perdu son emploi et qui ne recevra d'allocations chômage que pendant deux mois.

« L’UE a créé cette crise, » a dit au World Socialist Web Site Stavros, un employé de bureau. « Il n’existe pas de solution dans le cadre de l’UE. »

Theo, un électricien de 28 ans, a dit qu’il voudrait voir la Grèce rester dans l’UE parce qu’un retrait aurait des conséquences terribles. « Mais en restant dans l'UE les conséquences sont même pires. » Ces derniers mois il a travaillé entre 10 et 16 heures par jour parce que l’entreprise pour laquelle il travaille a supprimé des emplois. Dans le même temps, son salaire a été réduit de 30 pour cent. Maintenant on lui a dit qu’il sera aussi licencié à la fin du mois.

Aleka Papariga s’exprimant lors du
rassemblement

Dans son discours, Papariga a fait appel à ces sentiments qui sont de plus en plus partagés par les travailleurs. « Tous les partis, de SYRIZA à Nouvelle Démocratie, sont attachés à l’UE, » a-t-elle dit. « Le principal objectif de leur politique est donc d’honorer les obligations de l’UE. »

Papariga a poursuivi: « Une évolution favorable aux gens au sein de l’UE ne fonctionnera pas… La classe dirigeante a constaté que Nouvelle Démocratie (ND) et PASOK ne jouent plus leur rôle. Une nouvelle constellation politique avec deux nouveaux pôles est créée à partir du vieux matériau. Un pôle de centre-droit autour de ND et un de centre-gauche autour de SYRIZA. »

Papariga a continué en critiquant le double langage de SYRIZA qui « dit une chose en Grèce et une autre à l’étranger ». En se référant au dirigeant et candidat de SYRIZA, elle a ajouté, « Tsipras ne rejette plus le mémorandum. Tous les partis reconnaissent les dettes. »

Dans le même temps, la dirigeante du KKE a rejeté les projets allemands d’exclure la Grèce de la zone euro. « Le KKE n'aura rien à voir avec une telle politique, » a-t-elle dit. Au contraire, a-t-elle déclaré, le parti préconise le « pouvoir au peuple » en Grèce et refuserait de reconnaître la dette nationale et qui se séparerait de l’UE en investissant la richesse du pays dans son peuple.

Avec le KKE, le peuple est le protagoniste – Il faut briser la mainmise de l’UE et de l’OTAN, » pouvait-on lire sur une grande banderole déroulée derrière elle pendant que Papariga parlait.

En réalité, de tels slogans d’une phraséologie radicale sont utilisés pour canaliser la colère des travailleurs derrière la bureaucratie syndicale. De plus, le KKE, plus encore que d’autres partis staliniens, continue ouvertement d’idolâtrer Staline. Lors d’une récente retransmission électorale, Papariga a même fait référence à la dictature en Corée du Nord comme étant un pays socialiste.

Alors même que le KKE déclare son opposition à l’UE et à l’OTAN, il n’a aucune intention de mobiliser les travailleurs à leur encontre. Il cherche plutôt à subordonner les travailleurs aux sections de la bourgeoisie grecque qui préconisent une voie nationale pour la Grèce. La critique du KKE à l'égard de l’UE est totalement nationaliste.

« A présent, nous sommes tributaires d’entreprises capitalistes du Nord de l’Europe, » a dit Papariga dans son discours. « Afin de mettre fin à cette dépendance, la Grèce doit développer sa propre agriculture, sa propre industrie et sa production de nourriture. Il y a suffisamment de ressources. »

Papariga a réitéré la politique réactionnaire de Staline du « socialisme dans un seul pays », en déclarant, « Nous pouvons construire le socialisme tout seuls en Grèce. Le KKE dispose du programme et la Grèce des ressources nécessaires. »

La politique nationaliste de Staline reflétait les intérêts de la bureaucratie contre-révolutionnaire au sein de l’Union soviétique qui cherchait à défendre ses propres privilèges en supprimant les révolutions dans les autres pays.

En Grèce, le KKE rejette l’internationalisme socialiste pour promouvoir le nationalisme dans le but de maintenir et de renforcer ses propres liens avec l’Etat bourgeois et la bureaucratie syndicale nationale.

Le programme nationaliste mis en avant par Papariga sert à isoler les luttes des travailleurs grecs de leurs homologues européens. Parallèlement, le KKE affirme qu’il n’existe pas une situation révolutionnaire en Grèce, et ceci afin de justifier la subordination des travailleurs à la bureaucratie syndicale.

« Avant de penser à la révolution, nous devons d’abord unir les syndicats, » a été l’un des commentaires d’un participant au rassemblement. En pratique, ceci signifie la suppression de tout mouvement indépendant de la classe ouvrière contre la politique d’austérité de l’UE. C’est précisément les syndicats qui ont joué le rôle prédominant visant à garantir l’application des coupes sociales.

Le PAME fait lui-même partie de la plus grande fédération syndicale de la Grèce, la Confédération générale des Travailleurs grecs (GSEE), et a participé aux protestations symboliques appelées par son organisation soeur. Le PAME refuse toutefois d'appeler les travailleurs à entreprendre une action sérieuse indépendante.

En octobre dernier, lorsque des centaines de milliers de personnes avaient protesté contre les attaques sociales devant le bâtiment du parlement, le KKE avait effectivement formé trois rangées devant le parlement pour le protéger de la colère des travailleurs.

Le KKE et le PAME ont aussi joué un rôle clé pour isoler la grève en cours des sidérurgistes à l’usine Halyvourgia Aspropyrgos que les travailleurs ont occupée pendant plusieurs mois,

La majeure partie des fonds du PAME et du KKE est liée à leur collaboration avec la GSEE. Le rassemblement électoral du KKE a eu lieu devant le siège de la fédération syndicale qui met souvent la façade Est de son siège à la disposition du KKE pour entreposer ses bannières.

L’actuel rôle du KKE enlève toute crédibilité à ses appels rhétoriques au « pouvoir au peuple » et à une « intervention de la classe ouvrière. » Ces appels visent à duper les travailleurs et à camoufler les pratiques droitières du KKE.

Dans le contexte d'une situation politique hautement instable, le KKE – avec ses liens étroits avec la bureaucratie syndicale, sa longue tradition de répression des travailleurs et son bilan en tant qu'opposition loyale aux gouvernements bourgeois – est gardé en réserve pour barrer la route à une nouvelle vague d’opposition de la classe ouvrière. C’est pourquoi le parti a catégoriquement exclu de participer, pour le moment du moins, à un nouveau gouvernement. »

(Article original paru le 18 juin 2012)