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Les questions politiques dans les élections grecques

Par Chris Marsden et Julie Hyland
18 juin 2012

Les élections législatives de dimanche en Grèce sont uniformément présentées comme étant un moment charnière où la population grecque aura la possibilité de déterminer non seulement l’avenir de son propre pays mais le cours de l’Europe. Mais, en ce qui concerne l’élite dirigeante européenne, le sort de la Grèce a déjà été fixé.

Quel que soit celui qui remporte les élections, la classe ouvrière sera obligée de rembourser le renflouement de plus de 200 milliards d’euros par le biais de mesures d’austérité liées au mémorandum signé avec la troïka – l’Union européenne (UE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire International (FMI). Ceci sera inévitablement suivi par des appels à des sacrifices supplémentaires, que la Grèce soit ou non autorisée à rester dans la zone euro.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a choisi la veille des élections grecques pour déclarer de façon directe que « les ressources de l’Allemagne ne sont pas illimitées » et pour exclure toutes les suggestions proposant que Francfort règle l’addition des euros obligations et la garantie des dettes par la BCE. Les déclarations de la chancelière visaient la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Mais, quels que soient leurs désaccords sur la Grèce, ils partagent tous le même avis.

Il existe de nombreux rapports de projets détaillés élaborés par l’UE et les banques centrales partout dans le monde qui anticipent la sortie de la Grèce de l’euro. Le renflouement de 100 milliards d’euros pour l’Espagne pas plus tard que le week-end dernier a été largement compris comme une tentative de créer un pare-feu pour empêcher qu’une contagion financière ne se propage à partir de l’effondrement de l’économie grecque.

Le ministre britannique des Finances, George Osborne, a dit cette semaine que la sortie de la Grèce pourrait être le prix à payer pour persuader l’Allemagne de « sauver » l’euro. Une raison de l’affirmation d’Osborne se trouve dans la ruée continue sur les banques en Grèce et qui a entraîné une baisse des dépôts totalisant près de 50 pour cent, et 500 millions d’euros retirés chaque jour. Michael Tory, l’ancien banquier de Lehman Brothers, a même été plus explicite qu’Osborne en disant que la sortie de la Grèce de l’euro pourrait bien être le « le moment Lehman » dont l’Europe a besoin comme choc salutaire.

La référence à Lehman montre clairement qu’il s’agit d’une exigence venant de la finance internationale pour qu’encore plus d’argent soit octroyé aux banques et payé au moyen de coupes encore plus profondes et plus brutales.

La proposition de quelques concessions provisoires n’est pas exclue comme partie intégrante de l’effort de gestion de la crise. Mais la spirale descendante de la Grèce continuera.

De par l’Europe, la crise s’intensifie chaque jour et toutes les mesures prises pour trouver une solution se révèlent inefficaces. D’ores et déjà, l’attention des spéculateurs se porte au-delà de la Grèce. L’impact du sauvetage de l’Espagne a été de courte durée. Son taux d’emprunt a maintenant grimpé au-dessus du niveau jugé insoutenable de 7 pour cent. Il est maintenant largement question de l’Italie comme prochain candidat sur lequel la troïka devra agir.

Le sillage de dévastation résultant des exigences prédatrices des banques et des spéculateurs n’est nulle part plus apparent qu’en Grèce. Après cinq années d’austérité, son produit intérieur brut est estimé avoir chuté de 27 pour cent, un niveau sans précédent par temps de paix.

Un quart des travailleurs et la moitié de l’ensemble des jeunes sont officiellement sans emploi. Des millions d’autres sont employés sur des contrats à court terme, gagnant à peine 300 euros par mois. Les salaires ont été réduits jusqu’à 50 pour cent alors que les services sociaux sont en état d'effondrement. La famine, la situation des sans-abri et les suicides font l’objet d’innombrables articles de presse insoutenables.

Malgré ce sort terrible, aucun parti en Grèce ne parle vraiment en faveur des intérêts des travailleurs.

Nouvelle Démocratie et PASOK sont directement complices de la ruine de leur propre population. Leur campagne électorale traduit les exigences de la troïka en cet ordre formel : Faites ce que l’on vous dit, sinon vous serez confrontés à un Armageddon social !

Ceux qui cherchent en SYRIZA (Coalition de la Gauche radicale) une alternative n’en trouveront pas. La coalition et son dirigeant, Alexis Tsipras, s’insurgent contre les injustices endurées en raison du mémorandum. Toutefois, l’intention déclarée de SYRIZA est de faire tout ce qui est nécessaire pour maintenir la Grèce dans l’UE et la zone euro. A cette fin, SYRIZA ne propose qu'un prolongement du délai de remboursement de la dette grecque combiné à des efforts pour augmenter les recettes au moyen d’une imposition plus efficace. Elle espère persuader les principales puissances en Europe qu’il s’agit là d’une option plus attrayante que d’obliger la Grèce à s’effondrer tout de suite.

C'est une voie sans issue.

Ce qui unit tous les partis c’est leur insistance pour que les travailleurs et les jeunes placent tous leurs espoirs de trouver un compromis dans une section de la bourgeoisie ou une autre. En cela, ils sont assistés par les syndicats qui ont cessé toute lutte contre l’austérité dictée par la troïka.

Tout dépend à présent de l’intervention indépendante de la classe ouvrière dans la vie politique.

Les travailleurs et les jeunes en Grèce sont confrontés au plein impact de l’échec mondial du capitalisme. Quelles que soient les caractéristiques spécifiques de la crise grecque et de celle de l’Union européenne et de l’euro, ce qui est fondamental c’est que la poursuite de l’existence du système de profit est incompatible avec les besoins essentiels de la grande masse de l’humanité. Ceci vaut tout autant pour les Etats-Unis, la Russie, le Japon, l’Inde et la Chine que l’Europe.

La Grèce est victime d’une contre-révolution sociale mise en place par l’élite dirigeante qui est déterminée à la déployer à travers l’Europe. Des coupes sociales s’élevant à des centaines et des centaines de milliards d’euros ont déjà été faites partout sur le continent. En Grèce, la classe dirigeante est en train de tester pour voir jusqu’où elle peut aller.

Sur cette voie, un conflit décisif entre l’élite dirigeante et la classe ouvrière est inévitable. On parle ouvertement d'une aggravation telle des troubles sociaux en Grèce qu'il faille faire appel à l’armée. Des plans pour une sortie de la Grèce de l’euro prévoient la fermeture des frontières du pays, et des manoeuvres militaires ont déjà lieu en préparation de troubles civils.

Le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung a résumé l’atmosphère au sein des cercles dirigeants lorsqu’il a avancé la nécessité pour l’Europe de déployer des troupes en Grèce au cas où elle deviendrait un « Etat failli. » Si « Athènes n’était plus en mesure de payer ses responsables ou de seulement les payer en drachme, » la situation deviendrait « chaotique », et la Grèce « serait secouée par des rébellions, » avait-il écrit le mois dernier.

Remarquant la récente extension du déploiement de troupes de l'UE vers la frontière turco-grecque, il a conclu, « Espérons, qu’une force de protection internationale, comme celle qui est stationnée dans les pays chancelants plus au Nord, ne devienne une option. »

La classe ouvrière grecque ne peut fonder ses actions politiques ni sur les faux espoirs promus par SYRIZA ni sur les frayeurs qui sont attisées par Nouvelle Démocratie et PASOK. Elle doit regarder la réalité droit en face.

Il en va de même pour tous les travailleurs en Europe qui doivent être tout aussi déterminés à défendre leurs frères et soeurs grecs que l’élite dirigeante est déterminée à les appauvrir.

La solidarité avec les travailleurs de Grèce doit devenir le centre d’un mouvement politique de toute la classe ouvrière européenne contre les gouvernements prédateurs de Berlin, Paris, Londres, etc. Les patrons de l’Union européenne doivent être renversés et remplacés par des gouvernements ouvriers organisés au sein des Etats socialistes unis d’Europe.

A cette fin, des organes indépendants de lutte doivent être forgés sur chaque lieu de travail et dans chaque quartier. Ce qui est requis avant tout c’est une authentique direction socialiste développée grâce à la construction de sections du Comité international de la Quatrième Internationale.

Voir aussi:

« Le dirigeant de SYRIZA, Tsipras, promet de sauver le capitalisme grec et européen » [15 juin 2012]

(Article original paru le 16 juin 2012)