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Nouvelle Démocratie dirige la coalition d’austérité en Grèce

Par Julie Hyland
22 juin 2012

Le dirigeant du parti Nouvelle Démocratie, Antonis Samara, a prêté serment mercredi soir comme nouveau premier ministre de la Grèce pour prendre la direction d’un gouvernement de coalition avec le PASOK social-démocrate et la Gauche démocratique.

La Grèce est à nouveau dirigée par un gouvernement composé des deux partis – ND et PASOK – qui, ces cinq dernières années, ont plongé les travailleurs et les jeunes dans la misère. Les trois partenaires de la coalition sont engagés à appliquer davantage de mesures d’austérité draconiennes en vertu du mémorandum de sauvetage financier de 130 milliards d’euros signé en mars avec la troïka – l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire International.

Alors que les derniers détails des postes gouvernementaux doivent encore être précisés, l’annonce que le président de la Banque nationale de Grèce, Vassilis Rapanos, est pressenti pour devenir le ministre des Finances est une déclaration d’intention.

Il aura fallu trois jours pour finaliser l’accord après que les élections de dimanche ont donné Nouvelle Démocratie vainqueur avec une mince avance de trois pour cent sur SYRIZA (la Coalition de la Gauche radicale) la laissant très loin de pouvoir former une majorité.

L’élite politique grecque a été soumise à une intense pression pour rapidement rabibocher une coalition aussi large que possible et qui serait en mesure de faire passer le mémorandum. Les trois partis ont souligné leur engagement au mémorandum en ne plaidant que pour un changement du calendrier. Avec les marchés financiers qui ciblent l’Espagne et l’Italie, ils placent leurs espoirs dans des concessions de la part de l’UE et de l’Allemagne en particulier.

Le quotidien conservateur Ekathimerini a cité le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, qui a déclaré que la situation désastreuse de la Grèce signifiait «nous pourrions parler d’une prolongation des délais de remboursement.»

Mais, ceci a été immédiatement contredit par le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, qui a dit que toute nouvelle aide financière dépendait de ce que le gouvernement s’en tienne au mémorandum. « Il existe un accord avec la Grèce et c’est ce qui compte, » a-t-il dit.

Un refus de tolérer tout assouplissement du calendrier est en fait le moindre des problèmes du nouveau gouvernement. Ce qui est plus fondamental est la réaction sociale à laquelle il doit faire face au moment où il cherche à mettre en oeuvre les dictats de l’UE.

La Grèce est engagée, en vertu du mémorandum, à définir ce mois-ci des coupes budgétaires supplémentaires à hauteur de 11,7 milliards d’euros – correspondant à 5,5 pour cent de la production nationale. Les contrôleurs de la troïka doivent immédiatement retourner à Athènes pour vérifier le progrès réalisé jusqu'ici en ce qui concerne le programme d’austérité avant d’accepter la prochaine tranche de renflouement.

La tranche est en fait d’une valeur négligeable pour la Grèce étant donné que la plus grosse partie sert à payer les créanciers étrangers. Selon certains rapports durant la campagne électorale de six semaines, le gouvernement avait cessé de payer ses factures. Mercredi, il a été annoncé que le pays avait réussi de justesse à éviter une crise énergétique après que le fournisseur de gaz DEH était arrivé à obtenir de la Caisse des dépôts et consignations dirigée par l’Etat un prêt d’urgence de 100 milliards d’euros.

La Grèce étant totalement dépendante d’un approvisionnement en gaz naturel venant de l'étranger, principalement de la Russie, elle se débat pour régler ses factures. Le journal Athens News a cité un responsable de DEH disant que le prêt « nous donne un répit pour payer les livraisons de juillet et août. »

On s’attend à ce que l’économie de la Grèce se contracte de 7 pour cent de plus cette année en réponse directe aux mesures d’austérité déjà imposées. Selon la Chambre de commerce d’Athènes, environ 68.000 entreprises ont mis la clé sous la porte durant ces 17 derniers mois et 36.000 autres devraient fermer au cours de l’année prochaine.

Plus d’une personne sur quatre est sans emploi et une sur deux chez les jeunes. Les salaires ont été réduits de 50 pour cent et les retraites drastiquement réduites.

Alors que les divers partis étaient en train de marchander les termes de leur accord de coalition, des milliers de gens faisaient la queue tôt mercredi matin dans le parc de Pedio tou Aero pour profiter de la distribution gratuite de fruits et de légumes par des producteurs venus de Crète. Finalement, la distribution a commencé plusieurs heures avant l’heure fixée à 10 heures en raison du nombre impressionnant de gens qui attendaient et s'est terminée trois heures plus tard.

Malgré l’énorme détresse sociale infligée par l’élite dirigeante grecque de mèche avec l’UE, la coalition est chargée d’imposer des attaques encore plus brutales. Celles-ci comprennent une privatisation à grande échelle des biens publics dans le but de lever 50 milliards d’euros et des réformes « structurelles » du marché du travail, conférant aux employeurs le pouvoir de recruter et de licencier comme bon leur semble.

Quelques 15.000 emplois du secteur public doivent être supprimés cette année, participant du projet de réduire de 150.000 le nombre total. L’ensemble des dépenses du gouvernement doivent être réduites de 480 milliards d’euros et les coûts de la retraite réduits de 300 millions rien que cette année.

Entre-temps, ND a présenté d'autres mesures de réduction des impôts sur les sociétés et sur la tranche supérieure des contribuables à 15 et 32 pour cent respectivement.

Alors même que la coalition dispose d’une majorité parlementaire de 29 sièges, elle n’a aucun mandat pour ce programme. Comme le faisait remarquer Reuters, « Avec la société grecque profondément divisée, une répétition des protestations anti-austérité violentes auxquelles on a assisté l’année dernière est une menace permanente. »

C’est la crainte d'un conflit social inévitable qui a retardé jusqu’à mercredi l’annonce officielle d'une coalition. Le dirigeant du PASOK, Evangelos Venizelos et Fotis Kouveli de la Gauche démocratique, scission de SYRIZA, ont tous deux dit qu’aucun membre influent de leur parti n’occupera de siège ministériel.

Cet effort entrepris pour se distancer des projets de la coalition est cynique à l’extrême. En tant que ministre des Finances dans l’ancien gouvernement, Venizelos avait négocié le mémorandum avec la troïka. Le PASOK et la Gauche démocratique ont clairement fait savoir qu’ils « soutiendront activement » ND pour l’assister en jouant le rôle de « conseil » dans les nominations.

Leur inquiétude est que si leurs partis assumaient publiquement des postes importants dans le nouveau gouvernement, ils seront totalement anéantis. Les deux partis ont vu leur soutien chuter dans l’élection de dimanche, avec le PASOK gardant tout juste 33 sièges et la Gauche démocratique 17. Les gens qui votent pour eux habituellement ont donné leurs voix à SYRIZA qui prétendait s’opposer au mémorandum tout en insistant pour dire que la Grèce devait rester à tout prix dans la zone euro.

ND, le PASOK et la Gauche démocratique avaient espéré persuader SYRIZA de rejoindre un gouvernement de « salut national. » Mercredi, Venizelos a souligné que la priorité du gouvernement devait être d’établir un groupe inter partis pour mener les négociations avec la troïka, et avait exhorté SYRIZA à y participer.

SYRIZA a décliné, mais son rôle n’est pas moins complice. Mercredi, le dirigeant du parti, Alexis Tsipras, a affirmé que « Personne d’autre que nous ne peut appliquer les profondes réformes dont le pays a besoin parce que nous ne sommes pas corrompus ou usés. Tôt ou tard, cette occasion s’offrira à nous. »

Tsipras n’a pas spécifié quelles étaient les « profondes réformes » nécessaires, sauf à réclamer une perception plus efficace des impôts et la fin de ce qu’il a qualifié d’« énorme et incroyable gaspillage dans le secteur public. »

Immédiatement après que les résultats ont été connus, dimanche, Tsipras a félicité Samaras pour sa victoire, et explicitement exclu que SYRIZA tenterait de former un gouvernement en opposition à ND et a promis que la coalition agirait en tant qu’opposition « responsable. »

Par la suite, Tsipras a révélé que SYRIZA n’engagerait pas d’efforts pour mobiliser une opposition sociale contre le nouveau gouvernement. Mardi, dans une interview il a dit, « La solidarité et la résistance sont tous deux importants, mais pour le moment le plus important c'est la solidarité. Notre rôle est d’être à l’intérieur et à l’extérieur du parlement, pour applaudir tout ce qui est positif et condamner tout ce qui est négatif tout en proposant des alternatives. »

(Article original paru le 21 juin 2012)