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Comment aller de l’avant en Grèce?

Par Chris Marsden
20 juin 2012

On s'attend à ce que le dirigeant de Nouvelle Démocratie (ND), Antonis Samaras, forme un gouvernement de coalition en Grèce, chargé d’appliquer les mesures d’austérité brutales convenues avec la troïka – l’Union européenne, le Fonds monétaire International et la Banque centrale européenne.

La victoire de ND est avant tout une condamnation de SYRIZA, qui a émergé comme le principal parti d’opposition, et de sa prétention de pouvoir s’opposer à l’austérité sans lutter pour le renversement de l’UE et de la bourgeoisie grecque.

Les élections législatives en Grèce ont clairement confirmé l’absence de tout recours, au moyen du système politique existant, pour combattre les dictats de la troïka et des banques.

La victoire de ND est le résultat final d’une campagne fondée sur un chantage manifeste. Les uns après les autres, les dirigeants européens ont proféré la menace qu’un votre contre ND – principal parti soutenant le mémorandum d’austérité signé avec la troïka – entraînerait un gel immédiat de l'argent servant au sauvetage des banques grecques, un retrait forcé de la Grèce de la zone euro et un effondrement catastrophique de l’économie.

Cependant, des partis officiellement opposés au mémorandum ont obtenu ensemble une majorité, SYRIZA recueillant 27 pour cent des voix. L’abstention a atteint le chiffre record de 37,5 pour cent. Ceci reflète un immense dégoût pour l’ensemble de l’establishment politique ainsi que l’incapacité de nombreux électeurs de payer le trajet aller-retour pour aller en ville voter.

Bien que seulement 40 pour cent de ceux qui sont allés voter aient soutenu les partis qui appuient ouvertement le mémorandum, ND et le PASOK social-démocrate, ces deux partis méprisés seraient en pourparlers pour former un gouvernement. Ils jouiraient d’un parlement majoritaire grâce à la prime de 50 sièges dont bénéficie ND en tant que parti vainqueur en vertu des lois électorales grecques antidémocratiques. Un tel gouvernement ne disposera pas de mandat populaire pour sa politique et ne fera qu’ouvrir la voie à une confrontation entre la bourgeoisie et la classe ouvrière.

Samaras sait que sa position est précaire, de là sa tentative de créer « un gouvernement de salut national » comprenant « autant de partis que possible » – la Gauche démocratique, une scission de SYRIZA, et un autre petit parti allié – et combiné à l'idée d'une renégociation de certains aspects de l’accord.

Les dirigeants européens ont rejeté toute possibilité d’un changement significatif de leurs exigences, réitérant leurs menaces pré-électorales. Lors du G20 à Mexico, la chancelière allemande, Angela Merkel, a carrément déclaré, « l’important est que le nouveau gouvernement tienne les promesses qui ont été faites. Il ne peut pas y avoir un assouplissement des mesures de réformes. »

Le fait que la majorité de l’électorat ait continué de refuser à souscrire au mémorandum ou de participer à des élections décrites comme déterminant l’avenir de la Grèce et de l’UE tout entière, est la preuve de la profonde hostilité suscitée par les coupes brutales imposées depuis 2009. SYRIZA, toutefois n’a fait que canaliser cette opposition dans une impasse politique.

Le dirigeant de SYRIZA, Alexis Tsipras, a passé sa campagne à rassurer l’élite dirigeante qu’il était attaché à l’UE et au remboursement des dettes grecques au moyen d’un renforcement du recouvrement des impôts, ne souhaitant que de petites concessions et une plus longue période de remboursement. A l’adresse des travailleurs, il a insisté pour dire que l’opposition à l’UE et au capitalisme n’était pas réalisable, était irréaliste et la voie vers le suicide national.

Ceci reflète les intérêts de classe et les illusions politiques des couches aisées de la classe moyenne auxquelles SYRIZA s'adresse. Bien qu’ils soient en colère devant la catastrophe politique qui se développe en Grèce, les dirigeants de SYRIZA sont organiquement hostiles à une stratégie socialiste pour la combattre, à savoir la vaste mobilisation de la classe ouvrière européenne tout entière dans une lutte contre l’UE et le capitalisme.

SYRIZA projette à présent d’agir en opposition loyale. Hier, Tsipras a affirmé de façon absurde qu’un gouvernement ND était en conformité avec le « mandat du peuple. » L’opposition « devrait être critique et responsable, et j’ai informé M. Samaras que nous avons l’intention d’être précisément cela, » a-t-il dit.

L’impact paralysant de la ligne de SYRIZA et le soutien que ce parti a reçu internationalement des groupes pseudo-gauches offre à l’élite dirigeante une liberté d’action, alors même que l’opposition de masse contre l’austérité dont on est témoin en Grèce se propage partout en Europe. Les partis associés aux mesures d’austérité, quelle que soit leur tendance politique officielle, sont systématiquement punis aux urnes : le PSOE en Espagne, le Parti socialiste au Portugal, le parti Forza Italia de Berlusconi et l’UMP de Sarkozy en France comptent parmi les victimes. Chaque gouvernement qui les remplace demande plus d’austérité et encourt un retour de bâton politique et une farouche opposition de la classe ouvrière.

Pour cette raison, les cercles dirigeants n'ont plus confiance que ce qu’ils font en Grèce – y compris des coupes encore plus brutales en obligeant éventuellement la Grèce à quitter la zone euro – empêchera une catastrophe politique et économique.

Les marchés ont fortement chuté malgré la victoire de ND en Grèce. Les obligations en Espagne et en Italie continuent d’être la cible des spéculateurs et les actions bancaires ont aussi dégringolé en Allemagne et en France. Le directeur général de l’Institut de la finance internationale (IIF), Charles Dallara, a prévenu les dirigeants du G20 : « Le risque d’une récession mondiale, pour la deuxième fois en quatre ans, est tout à fait réel. »

Dans ces conditions, le « Plan B » que SYRIZA et ses homologues pressent la classe dirigeante d'adopter ne sera pas un renoncement à l’austérité mais des attaques encore plus profondes contre la classe ouvrière. Celles-ci seront imposées par tous les moyens nécessaires – y compris en recourant à la répression policière et militaire.

Les travailleurs et les jeunes partout en Europe doivent tirer les enseignements essentiels de la Grèce et opérer un changement décisif de cap politique. L’expérience amère de la Grèce confirme que la tâche à accomplir n’est pas de réformer l’UE ou d’exercer, sous la direction de partis pseudo-gauches tels SYRIZA, une pression sur les gouvernements de l'UE en vue d’obtenir des concessions.

Il faut construire de nouveaux partis de la classe ouvrière pour mobiliser une offensive politique et au moyen de la grève contre le patronat, ses partis et gouvernements ainsi que leurs organes d’exécution collectifs au sein de l’UE et du FMI. L’objectif doit être des gouvernements ouvriers, organisés au sein des Etats socialistes unis d’Europe. Pour ce faire, il n'y a qu'un moyen: construire une direction authentiquement socialiste et internationaliste, c'est à dire des sections du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article original paru le 19 juin 2012)