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Le Premier ministre arrivé au pouvoir sans élections exige des sacrifices supplémentaires de la part des travailleurs grecs

Par Stefan Steinberg
13 janvier 2012

Le Premier ministre grec Lucas Papademos, arrivé au pouvoir sans que son programme n'ait été présenté aux électeurs, a rencontré les dirigeants syndicaux mercredi pour obtenir leur soutien dans la prochaine série de mesures brutales d'austérité dans le pays.

Papademos est devenu le nouveau chef du gouvernement grec en novembre dernier après que son prédécesseur, George Papandréou du PASOK social-démocrate, est tombé en disgrâce auprès des banques, des lobbies financiers et des institutions européennes.

Durant son mandat, Papandréou avait introduit pas moins de cinq budgets d'austérité, qui ont plongé le pays dans une profonde récession et entraîné un énorme gonflement du chômage et de la misère sociale. Les banques internationales et les principales institutions européennes ont cependant conclu que Papandréou n'était pas allé assez loin dans le démantèlement du système social du pays et des services publics. Ils ont mis au point sa démission et imposés le banquier technocrate Papademos comme chef d'un nouveau gouvernement non-élu.

Papademos, comme on pouvait s'y attendre, s'est servi du discours de nouvel an pour demander à ses concitoyens de faire de nouveaux « sacrifices ». Il a répété ce mantra à la réunion de mercredi avec des représentants haut placés des syndicats grecs et de la fédération des employeurs : « Nous devrons accepter des sacrifices limités pour empêcher un résultat catastrophique – nous devons donner un peu maintenant pour ne pas perdre beaucoup. »

En fait, le « peu » que demande maintenant Papademos représente une atteinte fondamentale aux conditions de vie et aux droits des travailleurs grecs qui ont déjà subi l'essentiel des précédentes mesures d'austérité.

À la réunion de mercredi, Papademos a tracé les grandes lignes de certaines des nouvelles mesures prévues. Au cœur du dispositif, il y a une révision à la baisse du salaire minimal national, de nouvelles coupes dans les salaires du secteur public et les retraites, ainsi que la suppression des congés payés existants. Ce gouvernement voudrait également changer le droit du travail du pays pour accélérer le démantèlement des services publics par des licenciements directs.

La liste de Papademos se poursuit : des coupes immédiates dans les aides sociales pour 14 milliards d'euros par an et des coupes supplémentaires plus tard dans les dépenses pour les médicaments et les soins médicaux. Jeudi, son cabinet a tenu une réunion à Athènes pour décider des mesures suivantes pour en finir avec ce qu'ils appellent les « professions fermées » du pays, ce qui permettrait encore plus de licenciements et de réductions d'emplois.

Le contexte de cette nouvelle campagne du gouvernement pour plus d'austérité a été dépeint par un de ses porte-parole, Pantelis Kapsis, qui a prévenu mardi que si les mesures exigées par les banques internationales et le Fonds monétaire international n'étaient pas appliquées, la Grèce risquait de sortir de la zone euro.

Le journal allemand du monde des affaires Handelsblatt a écrit mercredi que les « visions d'horreur d'un retour à la drachme » décrites par les politiciens importants avaient un but défini. « Persuader la population – et surtout les politiciens grecs – de la nécessité d'accepter ces coupes imminentes. »

Les remarques de Kapsis concernant une possible sortie de la zone euro ont été largement relayées, mais un autre commentaire important de sa part le même jour a reçu moins d'attention. Néanmoins celui-ci donne une indication sur les scénarios qui sont actuellement envisagés par le nouveau gouvernement grec. Quand on lui a demandé où les nouvelles coupes devraient être faites, Kapsis a répondu : « Je ne crois pas que ce soit si facile d'imposer de nouvelles taxes, mais qu'est-ce que ça veut dire de faire des coupes ? Fermer le secteur public ? Il n'y a pas de solution facile. »

Les dirigeants syndicaux qui se sont retrouvés à la réunion de mercredi ont clairement fait savoir qu'ils n'ont aucune opposition de principe aux coupes demandées par Papademos, mais ont demandé que le fardeau soit imposé à d'autres secteurs. L'agence de presse Bloomberg relate qu'après la réunion, Yannis Panagopoulos, président de la confédération générale des travailleurs grecs (GSEE) déclarait qu'il était assez favorable à des discussions avec le nouveau gouvernement sur des mesures pour réaliser des coupes qui n'impliqueraient pas des réductions directes des salaires.

La collaboration étroite entre le gouvernement et les syndicats a été un élément essentiel de l'application des précédents plans d'austérité, qui ont eu des conséquences si dévastatrices pour les travailleurs grecs.

Le chômage monte en flèche en Grèce, avec la perte estimée de 20 000 emplois par mois. Le chômage des jeunes de 15 à 24 ans dépasse 40 pour cent et augmente encore. Les dernières statistiques disponibles pour l'augmentation de la pauvreté publié par l'Autorité de la statistique grecque (ELSTAT) ne portent que sur l'année 2009. Néanmoins, ce rapport révèle qu'à la fin de cette année-là, plus de 3 millions de grecs (27,7 pour cent) vivaient sous le seuil de pauvreté ou dans une situation d'exclusion sociale. 27,8 autres pour cent ont dit qu'ils ont des difficultés à couvrir leurs dépenses de logement.

Depuis lors, le pays a plongé encore plus profondément dans la récession avec la perte de centaines de milliers d'emplois. Au mois de novembre dernier, le gouvernement a licencié par moins de 14 000 fonctionnaires. L'augmentation des impôts pour les travailleurs ordinaires fait partie intégrante des budgets d'austérité introduits par l'ex-Premier ministre George Papandréou. Il ne fait aucun doute que la pauvreté s'est largement répandue durant les deux dernières années.

Les mesures d'austérité déjà introduites ont entraîné un profond effondrement économique. Le ministère des finances grec devrait bientôt annoncer que le pays n'est pas parvenu à atteindre son objectif de limiter le déficit budgétaire en 2011 à 9 pour cent. En conséquence, les représentants de l'Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne qui doivent se rencontrer à Athènes plus tard ce mois-ci vont certainement exiger de nouvelles mesures pour réduire les dépenses publiques et les emplois dans le secteur public.

Alors que le pays entre dans sa quatrième année consécutive de récession, les riches élites grecques transfèrent de vastes parties de leur fortune hors du pays. En 2010, les millionnaires grecs ont retiré 40 milliards d'euros, soit près de 53 milliards de dollars, en dépôts du système bancaire national vers des « endroits sûrs ». Ce total équivaut à 17 pour cent du PIB national.

 

(Article original paru le 7 janvier 2012)