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La signification des élections de Berlin

Par Ulrich Rippert
23 septembre 2011

Les élections de dimanche à la Chambre des députés du Land de Berlin renferment d’importantes leçons politiques pour la classe ouvrière du monde entier.

Les élections se sont déroulées dans le contexte de la plus grande crise économique depuis les années 1930. Comme c’était le cas il y a quatre-vingts ans, à la fin de la République de Weimar, non seulement les banques mais des Etats entiers se trouvent au bord de l’abîme financier. L’euro, deuxième monnaie la plus importante du monde après le dollar, court un grand danger.

La classe dirigeante n’a qu’une seule réponse à la crise : des attaques massives contre la classe ouvrière. La Grèce révèle ce que l’aristocratie financière européenne et internationale envisage de faire en Europe et à travers le monde. L’infrastructure sociale d’un pays entier est en train d’être détruite, des entreprises publiques privatisées et le niveau de vie des travailleurs réduit au niveau de vie de leurs grands-parents.

Face à cette crise, tout espoir d’une amélioration sociale dans le cadre d’une société capitaliste est voué à l’échec. C’est la première leçon importante tirée des élections de Berlin.

Au bout de dix ans de pouvoir, la coalition social-démocrate (SPD)-Die Linke (parti La Gauche) au Sénat de la ville-Etat de Berlin a essuyé un rejet de la part des électeurs aux élections régionales. Lorsqu’il était arrivé au pouvoir en 2001 en tant que partie intégrante de la coalition, le Parti du socialisme démocratique (PDS), prédécesseur de Die Linke, avait remporté 22,6 pour cent des voix. Dimanche dernier, en dépit de la fusion du PDS avec l’Alternative électorale-travail et justice sociale (WASG) pour former Die Linke, son score a été divisé par deux. En chiffres absolus, Die Linke a perdu près de 200.000 voix, ce qui correspond à près des deux tiers de son score précédent.

Alors que la classe ouvrière se détourne de Die Linke, l’Alternative socialiste (SAV), Marx21 et d’autres groupes petits-bourgeois tentent de promouvoir l’influence de cet appareil bureaucratique qui avait émergé des restes formés par le parti stalinien de l’ancienne Allemagne de l’Est et d’une aile social-démocrate de la bureaucratie syndicale. Ce faisant, leur cynisme ne connaît pas de limites. Il va même jusqu’à saluer la récente défaite électorale, vu qu’en étant à présent dans l’opposition Die Linke est mieux à même de ressasser un discours gauchiste.

Dans cette situation, la campagne électorale du Partei für Soziale Gleichheit (Parti de l’Egalité sociale, PSG) revêt une énorme importance. Elle a conduit à une forte polarisation politique. D’un côté se trouvent tous les partis de l’establishment, de la droite à la gauche, aux côtés des syndicats, soutenus par le SAV, Marx21 et d’autres groupes. De l’autre, se trouve le PSG avec un programme social international fondé sur la lutte pour les Etats socialistes unis d’Europe.

Cette polarisation est très importante parce qu’elle fait partie d’une différentiation de classe, qui est actuellement en train de se développer rapidement.

Le PSG est le seul parti à révéler de manière systématique la politique anti-classe ouvrière du sénat SPD-Die Linke et à lutter contre eux sur la base d’une perspective socialiste internationale. Le PSG a clairement expliqué le besoin urgent de rompre politiquement avec le SPD, Die Linke et les syndicats dans le but d’éviter que la catastrophe des années 1930 ne se répète. La putréfaction de la société s’accélère rapidement. La classe dirigeante recourt à des tentatives de canaliser la crise sociale selon des clivages racistes et nationalistes.

La campagne électorale du PSG a été directement liée à une offensive politique contre les défenseurs petits-bourgeois au sénat SPD-Die Linke. Partout on peut observer le rapide virage droitier des groupes issus du milieu des organisations staliniennes, maoïstes et pablistes qui sont étroitement liés à la bureaucratie syndicale. Durant la guerre en Libye, nombre de ces formations se sont présentées comme de farouches défenseurs de l’agression impérialiste. Tout comme la bureaucratie syndicale, elles appartiennent à une couche sociale privilégiée qui est occupée à organiser un compromis de classe dans le contexte de la politique allemande d’après-guerre du « partenariat social. » A présent, ils se sentent menacés par la crise économique et par l’aggravation des rapports de classe, et cherchent refuge dans les bras de l’Etat capitaliste. Ils font partie de l’ordre bourgeois et se proposent comme piliers de futurs gouvernements, s'opposant à la classe ouvrière avec une hostilité à peine voilée.

L’offensive politique du PSG à leur encontre est fondée sur des décennies d’une lutte de principe menée par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI).

Les élections de Berlin ont eu lieu au moment du 40ème anniversaire de la fondation de la section allemande du CIQI. Dès le début, le Bund Sozialistischer Arbeiter (Ligue des Travailleurs socialistes, BSA), prédécesseur du PSG, a œuvré pour la défense du marxisme contre tous ceux qui se sont adaptés à la bureaucratie stalinienne ou social-démocrate et qui ont affirmé qu’il était possible de concrétiser les intérêts des travailleurs dans le cadre du système capitaliste.

Dans le Programme de Transition, le document de fondation de la Quatrième Internationale, Léon Trotsky a écrit, sous le titre, « Contre l’opportunisme et le révisionnisme sans principes » :

« La Quatrième Internationale déclare une guerre implacable aux bureaucrates de la Deuxième et de la Troisième Internationale, de l’Internationale d’Amsterdam et de l’Internationale anarcho-syndicaliste, de même qu’à leurs satellites centristes ; au réformisme sans réformes, au démocratisme allié de la Guépéou, au pacifisme sans paix, à l’anarchisme au service de la bourgeoisie, aux ‘révolutionnaires’ qui craignent mortellement la révolution. Toutes ces organisations ne sont pas le gage de l’avenir, mais des survivances pourrissantes du passé. L’époque des guerres et des révolutions les réduira à néant. »

Ces paroles sont d'une grande pertinence aujourd’hui. Comme toujours dans l’histoire, la lutte contre l’opportunisme est de la plus haute importance à la veille des luttes révolutionnaires.

Quiconque pense que les problèmes de nos jours peuvent être résolus par quelques manifestations et votes protestataires commet une grosse erreur. Au fur et à mesure que l’intérêt pour la politique du PSG s'est accentué durant la campagne, les médias ont promu le Parti Pirate en lui accordant une certaine importance. Le fait qu’un tel parti qui aborde toutes les questions politiques de manière tout à fait superficielle, et qui est fier de son ignorance, ait pu recueillir neuf pour cent de voix doit être perçu comme un avertissement. C’est le signe d’une profonde désorientation politique et de confusion. En coulisses, cette organisation est contrôlée par des forces très conservatrices.

Les élections de Berlin montrent combien il est urgent que la classe ouvrière intervienne en tant que force politique indépendante. C’est un grand succès de voir que le PSG a été en mesure de tripler son score au moyen d’une campagne de principe et intransigeante contre Die Linke et ses partisans de la classe moyenne.

(Article original paru le 21 septembre 2011)