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Berlin: Die Linke et le faux groupe de gauche, SAV

Par Lucas Adler
8 octobre 2011

Le parti Die Linke (La Gauche) a été battu aux élections du 18 septembre au bout de dix ans au pouvoir au sein de la coalition avec le Parti social-démocrate (SPD) à Berlin durant laquelle il a appliqué une orgie sans précédent de coupes sociales. La population de Berlin a appris la leçon politique après une décennie de politique « rouge-rouge ». Il y a peu de différence entre un gouvernement composé du SPD et de Die Linke et n’importe quel autre regroupement de partis politiques bourgeois.

La participation de Die Linke au parlement de la ville-Etat de Berlin était devenue nécessaire il y a dix ans pour stabiliser le statu quo politique après l’éclatement du scandale bancaire qui s’était développé sous la « grande coalition » précédente entre l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et le SPD. La coalition SPD-Die Linke avait continué à appliquer un programme de réduction des dépenses publiques qu’aucun autre parti n’aurait été en mesure de faire à l’époque. Seul Die Linke – tel un loup dans la bergerie – avait été capable d’imposer des attaques sans pareil en dégradant le tissu social à Berlin tout en contrôlant et en détournant l’opposition contre ces attaques de par sa collaboration avec les dirigeants syndicaux.

Cette politique de Die Linke a été soutenu tout au long par de faux groupes de gauche, tel l’Alternative socialiste (Sozialistische Alternative Voran, SAV, affilié à la Militant Tendency britannique) qui s’est employé avec diligence pour couvrir chaque déclaration de la politique droitière du parti Die Linke d’un écran de fumée fait de slogans gauchistes et d’illusions. L’objectif de tels groupes est de bloquer le développement de toute opposition indépendante de la classe ouvrière dans sa volonté de s’affranchir de leur contrôle. Avec l’intensification de la crise du capitalisme, ces groupes se rapprochent de plus en plus de Die Linke en l’accompagnant dans son virage toujours plus à droite.

En 2008, après le déclenchement de la crise financière mondiale, Die Linke avait signalé son soutien au plan de sauvetage des banques – l’injection de milliards d’euros d’argent public dans les coffres des banques. C’est à ce moment précis que le SAV a décidé de rejoindre le parti Die Linke.

Par la suite, ils ont fait campagne pendant deux ans pour la droite et tous ses membres ont adhéré à Die Linke dans le but de conférer à ce parti un « vernis de gauche » de l’intérieur. Il y a cinq ans, le SAV exprimait encore, du moins en paroles, son opposition à la politique de Die Linke, aujourd’hui ce sont ses membres qui ont organisé la récente campagne électorale du parti Die Linke. Les électeurs n’ont pourtant pas eu l’air d’avoir été impressionnés.

Durant les cinq premières années du gouvernement de la coalition « rouge-rouge », Die Linke avait déjà perdu un grand nombre de ses partisans. Lors des élections en 2001, Die Linke (à l’époque encore en tant que PDS, Parti du socialisme démocratique) avait pu recueillir 366.292 voix (22,6 pour cent) : en 2006 il n’avait obtenu que 185.185 voix (13,4 pour cent).

Malgré le fait toutefois que le SAV a depuis fusionné avec Die Linke, ce dernier a perdu encore plus de voix. Lors des dernières élections à Berlin, le parti avait tout juste obtenu 170.829 voix (11,7 pour cent).

Le déclin du soutien pour Die Linke doit être salué sans réserve. C’est l’expression d’une désillusion politique qui est absolument nécessaire pour préparer la classe ouvrière aux luttes à venir. Le SAV par contre a réagi tout alarmé par la défaite de son parti en intensifiant ses efforts afin de se présenter devant l’establishment politique traditionnel comme une alternative viable.

Le 21 septembre, le SAV a publié un article sur son site internet analysant les résultats des récentes élections à Berlin. Dans cet article, il a été obligé d’admettre que la raison de l’échec électoral de Die Linke avait été sa politique sociale destructrice. Malgré cela, il continue d’appeler à plus de soutien pour la construction de ce même parti.

« Les salariés, les jeunes actifs et les chômeurs doivent se préparer pour des temps difficiles à venir, » écrit le SAV. « Ils ont besoin d’authentiques défenseurs de leurs intérêts, ce que, pour le moment, Die Linke ne représente pas à Berlin. Et donc, il nous incombe de lutter au sein du parti pour un nouveau programme radicalement différent, pour stopper le travail avec les partis pro capitalistes au sein de la coalition en travaillant, au contraire, contre les effets de la crise, l’aggravation des conditions de vie et en faveur d’une société socialiste, avec Die Linke aux côtés des salariés, des jeunes et des chômeurs. »

En d’autres termes, Die Linke doit faire un revirement à 180 degrés. Le parti pro capitaliste qui a œuvré pendant dix ans contre les intérêts des salariés, des jeunes actifs et des chômeurs, en détériorant dramatiquement leurs niveaux de vie, devrait à présent se transformer en un parti qui lutterait pour une société socialiste. Alors que la classe ouvrière, notamment à Berlin, a correctement reconnu ce parti comme son ennemi politique, le SAV appelle la classe ouvrière à rejoindre ce même parti et à y placer à nouveau tous ses espoirs.

Cela n’a rien de fortuit. Le SAV agit délibérément contre le développement vers la gauche de la classe ouvrière qui est en quête d’une alternative politique authentique face à la crise économique, aux mesures d’austérité et à la guerre. Il cherche à ramener ces travailleurs « à la bergerie » des vieilles structures bureaucratiques et de l’ordre politique établi. Et ceci n’est en aucun cas un processus réservé à Berlin.

Afin de mener à bien la contre-révolution sociale que l’aristocratie financière veut imposer partout en Europe, il se déroule actuellement en Allemagne un débat public sur le besoin de la relève du régime conservateur défaillant de Merkel par un nouveau remplaçant SPD-Verts ; un remplacement capable de surmonter plus efficacement la résistance de la classe ouvrière. Grâce à ses liens étroits avec la bureaucratie syndicale et les représentants patronaux influents, un tel gouvernement serait plus à même d’imposer les mesures de rigueur brutales.

Tout comme précédemment, sous le premier gouvernement SPD-Verts, une soi-disant alternative de gauche serait nécessaire pour décapiter l’opposition de la classe ouvrière à l’encontre d’une telle politique. C’est pour cette raison que le projet de Die Linke avait finalement été créé par d’influents représentants de l’establishment politique. Mais, ce projet traverse d’ores et déjà une crise profonde pour avoir affiché trop rapidement sa vraie nature. Le SAV considère qu’il est de son devoir d’insuffler une nouvelle vie « au projet. »

Ce faisant, il se prépare également à une éventuelle entrée de Die Linke dans un futur gouvernement. A cet égard, il est intéressant de noter la publication dans l’hebdomadaire Die Zeit, d’une « nécrologie » favorable au régime « rouge-rouge » de Berlin qui a été évincé le 18 septembre – à peine quelques heures après l’annonce des résultats.

Cet article, intitulé « Rouge-rouge a été bénéfique pendant dix ans », débute par un résumé des coupes sociales dévastatrices faites par la coalition SPD/Die Linke au sénat de Berlin pour commenter ensuite : « Ce n’était pas du socialisme. En effet, il était parfois difficile de croire que ces mesures d’austérité ont en fait été appliquées par des sociaux-démocrates et un parti socialiste. » L’article conclut néanmoins en louant la coalition pour avoir, grâce à sa politique, « maîtrisé les dépenses publiques. »

« C’est là l’accomplissement de la coalition rouge-rouge. C’était en effet peut-être la seule voie imaginable pour imposer de telles coupes budgétaires et de les maintenir. Toute autre constellation politique se serait inévitablement heurtée à des protestations et à des manifestations de la part de ceux touchés par les coupes. N’importe quel parti de gauche dans l’opposition s’en serait chargé. Mais, en l’état actuel des choses, le plan d’austérité s’est passé de manière relativement pacifique. De toute façon, ‘ pacifique ‘ est une étiquette tout à fait appropriée pour cette coalition qui a prouvé qu’il était possible de gouverner sans qu’il y ait de conflits. »

Ces phrases se lisent comme si elles étaient tirées d’une lettre de référence destinée à un employeur et par laquelle Die Linke veut poser sa candidature à un poste au sein du gouvernement national afin de perpétrer de nouvelles attaques sociales. Dans une telle constellation, le SAV aurait la tâche de jeter du sable dans les yeux de la classe ouvrière pour l’aveugler suffisamment longtemps et la rendre passive jusqu’à ce que la bourgeoisie ait réussi à lui planter le poignard entre les côtes.

Dans ce contexte, les leçons tirées de l’expérience de Berlin sont essentielles pour les luttes de classe imminentes. Les intérêts des travailleurs ne peuvent être représentés véritablement que par une lutte déterminée contre Die Linke et ses partisans soi-disant de gauche. Telle est la signification de la campagne électorale du Parti de l’Egalité sociale (Partei für Soziale Gleichheit, PSG) dont les candidats étaient l’unique force politique à s’opposer par la gauche à la politique socialement dévastatrice appliquée par le régime « rouge-rouge. »

La campagne électorale du PSG s’est orientée contre la politique de Die Linke, du SAV et de tendances pseudo-gauches identiques partout en Europe. Elle a été une contribution importante apportée à la clarification d’une perspective révolutionnaire en traçant une ligne de démarcation entre cette dernière et le marais pseudo-gauche qui cherche partout en Europe à réprimer la résistance à la contre-révolution sociale se déroulant présentement. En tirant cette ligne, des fondations importantes ont été jetées pour un mouvement indépendant de la classe ouvrière, des fondations qui seront d’une importance décisive au cours des prochaines luttes de classe.

(Article original paru le 4 octobre 2011)