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L’europe, un an après le renflouement de la Grèce

Par Stefan Steinberg
13 mai 2011

Ce mois-ci marque le premier anniversaire du renflouement de la Grèce par un prêt de 110 milliards d’euros, accordé par l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI).

Le renflouement avait marqué une nouvelle étape dans l’offensive de l’élite financière internationale contre la classe ouvrière en Europe en réaction à la crise bancaire de 2008. Après la défaillance, en septembre 2008 de Lehman Brothers, la Réserve fédérale américaine et les banques centrales partout dans le monde avaient débloqué des milliers de milliards de dollars pour couvrir les pertes des grandes banques qui étaient menacées de s’effondrer. Après le transfert de ces énormes sommes des réserves d’Etat aux grandes banques, les classes dirigeantes, d’abord en Europe, ont décidé de rejeter sur le dos de la classe ouvrière de brutales mesures d’austérité afin de résoudre les crises fiscales et d’endettement qui s’ensuivirent.

La succession des programmes d’austérité dictés par le FMI et appliqués par le gouvernement social-démocrate (PASOK) grec ont été désastreux pour les travailleurs et leur famille. La Grèce est embourbée dans une profonde récession. Son taux de chômage officiel se situe à environ 15 pour cent et le chômage des jeunes est de 30 pour cent. Le revenu de l’Etat s’est effondré et le nombre de citoyens – notamment des retraités – faisant la queue pour la soupe populaire a considérablement augmenté.

Dans le même temps, les profits des entreprises et les revenus des PDG et des principaux investisseurs grimpent en flèche. De part et d’autre de l’Atlantique, les primes des cadres ont retrouvé les niveaux astronomiques qui prévalaient avant l’effondrement financier de 2008.

Malgré l’enrichissement criminel irresponsable de l’élite dirigeante, la crise sous-jacente au capitalisme européen et mondial n’est non seulement pas résolue mais elle s’intensifie. Le 6 mai, une réunion d’urgence secrète a eu lieu pour éviter une possible défaillance de la dette grecque face à la crainte que la Grèce n’abandonne l’euro, monnaie européenne commune, ce qui a conduirait à l'effondrement de cette devise. Après la réunion, l’agence de notation Standard & Poor’s a abaissé la note de crédit de la Grèce.

La semaine passée, le Portugal est devenu le dernier pays en date à devenir la proie de l’oligarchie financière avec l’annonce que le pays allait demander un prêt de 78 milliards d’euros – lié une fois de plus à des coupes drastiques dans les programmes sociaux, l’emploi et les niveaux de vie.

Mis à part le fait que les pays sont directement la cible de l’UE et du FMI, l’ensemble de l’édifice du capitalisme européen est remis en cause par la crise de la dette grecque.

Dans le domaine de la politique économique, les antagonismes grandissants entre la France et l’Allemagne étaient déjà évidents avant le renflouement de la Grèce. Après une attaque concertée des principales banques internationales et des agences de notation contre les obligations grecques, les dirigeants européens ont été obligés de convoquer hâtivement une réunion pour sauver l’euro.

Au nom d’un groupe de pays d’Europe du Nord, l’Allemagne a exigé une politique d’austérité plus dure à l’égard de la Grèce et d’autres économies européennes lourdement endettées. La France, l’Italie et l’Espagne ont avancé une politique qui associe l’austérité à un soutien financier plus important de la part d’autres pays plus riches – en tout premier lieu de l’Allemagne.

Les chefs d’Etat européens n'ont trouvé un consensus pour le renflouement de la Grèce qu'après que le président français Nicolas Sarkozy a menacé de sortir de l’euro si le gouvernement allemand maintenait son refus. Le directeur de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a caractérisé la crise économique et politique comme étant « la situation la plus difficile depuis la deuxième guerre mondiale, voire depuis la première, » une déclaration invoquant implicitement le risque de sombrer à nouveau dans la dictature et la guerre mondiale.

L’accord, qui a finalement été conclu, lie un prêt FMI-UE à la Grèce à des taux d’intérêt punitifs et à l’adoption de mesures de rigueur sévères .

Les querelles quant à la meilleure façon de sauver l’aristocratie financière ont profondément miné les relations politiques et militaires en Europe. En novembre dernier, la France et la Grande-Bretagne, les deux puissances européennes disposant d’armes nucléaires, concluaient une alliance militaire bilatérale en dehors du cadre de l’OTAN et de l’Union européenne. Ce fut le prélude à des conflits inter-européens au sujet de la guerre de l’OTAN contre la Libye, l’Allemagne s’étant abstenue lors du vote du Conseil de sécurité des Nations unies autorisant la guerre néo-coloniale menée par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France.

Dans le Financial Times de la semaine passée, Mario Blejet, ancien gouverneur de la banque centrale d’Argentine (dernier pays à subir une importante restructuration de sa dette prise en charge par le FMI) a fait remarquer que les dettes de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne devraient toutes augmenter d’ici 2012.

Il a comparé la réponse du FMI et de l’UE à la crise, au schéma de Ponzi [escroquerie de type pyramidal] menant droit à « une défaillance inévitable. » Il a conclu en disant : « En tant que schéma pyramidal, ce sera le dernier détenteur d’un ‘actif’ qui sera le perdant. Dans ce cas, ce sera le contribuable qui paiera l’addition plutôt que les porteurs d’obligations qui ont pris les mauvaises décisions d’investissement. »

Il faut tirer des leçons politiques vitales de ces événements. Aucun des partis parlementaires européens n’a offert la moindre résistance aux attaques du capital financier. Chaque parti – y compris les partis officiels de « gauche » socialistes, sociaux-démocrates et Verts – s’est révélé être lui-même un agent consentant des banques.

De plus en plus discrédités, les partis dirigeants de tous les pays européens sont en train de perpétrer des attaques sans précédent contre les droits démocratiques en recourant à la répression d’Etat pour étouffer l’opposition populaire. Pour diviser les travailleurs et détourner l’attention de leur propre duplicité dans la crise sociale, ces mêmes partis cherchent à injecter le poison du nationalisme et du racisme dans la vie publique. Ceci a aidé des partis fanatiquement nationalistes et anti-immigration, soutenus par d’influentes sections de la classe dirigeante, à gagner du terrain partout en Europe.

L’arme indispensable de la bourgeoisie dans son arsenal pour réprimer la résistance populaire à ses mesures d’austérité est l’appareil syndical. La défense par ce dernier du capitalisme et de l’Etat national le rend incapable de mener une quelconque opposition dans des conditions où seule l’expropriation de l’aristocratie financière et la nationalisation socialiste des grandes banques et des grandes entreprises peuvent défendre les emplois, le niveau de vie et les droits sociaux de la classe ouvrière.

C’est pourquoi, dans chaque pays, les syndicats ont insisté pour que l’opposition des travailleurs – sous forme de grèves et de protestations de masse – se limite à exercer une pression sur le gouvernement plutôt qu'à le renverser et à le remplacer par un gouvernement ouvrier. Dans certains cas, pour défendre l’Etat capitaliste et contenir le mouvement de la classe ouvrière, les syndicats ont été de connivence avec le gouvernement pour briser les grèves et criminaliser les grévistes – comme ce fut le cas avec les camionneurs en Grèce, les travailleurs du secteur pétrolier en France et les contrôleurs du ciel en Espagne.

Pour étouffer les luttes des travailleurs, les syndicats dépendent du soutien politique de nombreux partis ex-radicaux : SYRIZA en Grèce, la Gauche unie en Espagne, le Nouveau Parti anticapitaliste en France, La Gauche (Die Linke) en Allemagne. Maintes et maintes fois, les travailleurs ont protesté, ont manifesté et ont fait grève partout en Europe contre l’austérité pour constater à chaque fois que leurs revendications étaient trahies par les syndicats qui, avec le soutien des organisations de la pseudo-gauche petite bourgeoise, négociaient des coupes sociales avec le gouvernement.

Un an après le renflouement de la Grèce, les bourgeoisies d’Europe se révèlent totalement incapables de résoudre la crise économique alors même qu’elles intensifient leur assaut contre la classe ouvrière. Par deux fois au vingtième siècle en Europe, les mêmes contradictions fondamentales du capitalisme, et notamment le conflit crucial entre l’économie mondiale et le système d’Etat-nation, ont conduit à la guerre mondiale. La seule force capable d’unifier l’Europe d’une manière progressiste est la classe ouvrière sur la base d’un programme révolutionnaire pour renverser le capitalisme et pour mettre en place les Etats socialistes unis d’Europe comme partie intégrante de la révolution socialiste mondiale.

La question la plus urgente est celle de la direction et de la perspective de la classe ouvrière. L’opposition des travailleurs et des jeunes doit être armée d’un programme révolutionnaire conscient fondé sur les enseignements politiques cruciaux tirés des luttes du siècle passé. Ceci requiert la construction de nouveaux partis fondés sur le programme de l’internationalisme socialiste.

La leçon décisive à tirer des expériences amères de l’année passée est la nécessité de construire des sections du Comité international de la Quatrième Internationale afin de lutter pour cette perspective partout en Europe et de par le monde.

(Article original paru le 10 mai 2011)

 

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La crise de la dette grecque signale une nouvelle étape de la lutte des classes [20 mars 2010]