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Le plan d’austérité grec: la contre-révolution en Europe

Par Peter Schwarz
2 juillet 2011

Le parlement grec a adopté mercredi avec les voix du parti social-démocrate PASOK un nouveau plan de mesures d’austérité. Le vote marque un tournant politique décisif pour l’ensemble de l’Europe.

Aucun économiste sérieux ne doute que les mesures d’austérité vont faire revenir des générations en arrière les conditions de vie de vastes couches sociales. Le premier plan d’austérité adopté l’année dernière renfermait déjà de massives réductions de salaires des fonctionnaires, des retraites et d’autres prestations. Dans le même temps, il a augmenté la TVA en déclenchant une profonde récession et une forte augmentation du chômage.

28 milliards d’euros supplémentaire doivent maintenant être économisés d’ici 2015. Ceci représente 12 pour cent du produit intérieur brut pour ce pays de 11 millions d’habitants. En Allemagne, l’équivalent de ces réductions correspondrait à 300 milliards d’euros et aux Etats-Unis à 1,7 mille milliards de dollars. 50 milliards de plus seront levés par la privatisation d’entreprises publiques.

Le nouveau programme entraînera la suppression de 150.000 emplois dans les services publics, des réductions dans les dépenses sociales et les soins de santé ainsi que des hausses d’impôts considérables pour les revenus médians. La taxe à la valeur ajoutée sur la restauration et les boissons passera de 13 à 23 pour cent. En Grèce, où l’économie est fortement tributaire des petites entreprises, ceci signifie la ruine de milliers de personnes et une aggravation de la récession.

Même Wolfgang Münchau, chroniqueur influent du Financial Times et, jusqu’à ce jour un défenseur de l’austérité, est arrivé à la conclusion que de telles mesures d’austérité sont « financièrement téméraires et politiquement irresponsables. » Le programme, dans la situation actuelle, est politiquement, moralement et économiquement difficile à justifier, » a-t-écrit.

Néanmoins, l’Union européenne a exhorté le parlement grec à adopter le programme. Le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, a menacé l’Etat grec de banqueroute si le plan d’austérité était rejeté. « La seule manière d’éviter un défaut immédiat est que le parlement soutienne le plan économique révisé, » a-t-il dit dans une déclaration. Il doit être adopté pour que la prochaine tranche d’aide financière soit octroyée. C’est ce que je dis à tous ceux qui spéculent sur d’autres options : il n’y a pas de plan B pour éviter le défaut. »

Pour ce qui est du premier ministre George Papandreou, il a passé des journées entières en manœuvres politiques et actes d’intimidation pour persuader les membres dissidents des son parti à s’incliner. Alors que la grande majorité de la population grecque rejette le plan d’austérité – une grève générale de 48 heures a paralysé le pays et des dizaines de milliers de personnes ont manifesté devant le parlement – tous les députés du PASOK, à l’exception d’un seul, ont voté en faveur de la loi, et ont été rejoints par un représentant du parti d’opposition Nouvelle Démocratie.

L’ensemble du processus revêt des traits dictatoriaux. Même le quotidien conservateur grec Kathimerini a conclu : « Nous n’avons plus affaire à une démocratie… Un pays entier est devenu la province d’un empire plutôt économique que politique qui, à son tour, a été pris en otage par plusieurs sociétés d’investissement et agences de notation aux pouvoirs monstrueux et aux aspirations cupides. »

Les marchés financiers et boursiers ont réagi positivement au vote. Ils interprètent l’approbation du parlement grec comme un signal selon lequel ils peuvent opérer à présent avec la même brutalité contre la classe ouvrière que dans les autres pays européens. Des programmes d’austérité ont déjà été introduits au Portugal, en Irlande, en Espagne et en Grande-Bretagne. De prochains pays tels l’Italie, la France et éventuellement des pays plus riches comme l’Allemagne figurent déjà à l’ordre du jour.

Deux ans et demi après que l’effondrement de la banque américaine Lehman Brothers a déclenché la plus vaste crise financière internationale depuis les années 1930, le capital financier international est activement engagé à récupérer aux dépens des travailleurs les milliers de milliards dépensés pour renflouer les banques. Il introduit une contre-révolution visant à anéantir tous les acquis sociaux accumulés par la classe ouvrière depuis la Deuxième guerre mondiale.

Aux Etats-Unis, des réductions de salaires de 50 pour cent et des coupes drastiques dans les dépenses publiques sont depuis longtemps à l’ordre du jour dans les Etats endettés tels la Californie et le Wisconsin. Quiconque pensait que l’Europe était à l’abri de tels excès en raison de ses traditions d’Etat social a été détrompé. L’euro, qui a été introduit il y a deux décennies et salué comme le garant d’une prospérité future, se révèle à présent être un mécanisme pour la destruction du niveau de vie de la classe ouvrière. Le terme « sauver l’euro » est devenu synonyme d’austérité et de déclin social.

Pour la classe ouvrière européenne, les événements en Grèce doivent être un avertissement. Il est nécessaire d'en tirer les leçons politiques. Sans le soutien des syndicats et des soi-disant partis de « gauche », Papandreou et ses bailleurs de fonds internationaux n’auraient jamais été à même de triompher.

Sur le plan européen, ces organisations ont tout fait pour qu’il n’y ait aucune solidarité avec les travailleurs grecs. Les partis sociaux-démocrates ont entièrement soutenu les exigences de l’UE et ont soutenu la campagne de diffamation contre les soi-disant « Grecs paresseux ». La même chose vaut pour les sièges des syndicats qui ont refusé d’émettre la moindre parole de solidarité.

En Grèce même, les syndicats sont étroitement affiliés au PASOK. Ils se sont efforcés de freiner l’opposition massive contre les mesures d’austérité en la maintenant sous contrôle. Ils ont organisé 15 grèves en guise de protestation visant simplement à faire baisser la pression. Toutes les grèves générales ont été limitées à 24 heures parce qu’ils savaient que le gouvernement n’aurait pu tenir que pendant quelques jours face à une grève générale illimitée.

Les nombreuses organisations pseudo-gauches du pays – telles SYRIZA, ANTARSYA, etc. – ont défendu les syndicats et se sont dissimulées derrière le caractère soi-disant « non politique » du mouvement « des indignés » sur la place Syntagma pour réprimer tout débat sur une perspective révolutionnaire. La revendication d'un rejet total de la dette était pour ces forces un tabou tout comme l’appel à un gouvernement ouvrier. Au lieu de cela, elles ont entretenu l’illusion que Papandreou et l’UE pouvaient être persuadés d'adopter une autre politique.

La contre-révolution sociale qui a commencé en Grèce ne peut être bloquée que par une offensive politique indépendante de la classe ouvrière. Elle ne peut pas être stoppée par une ou deux grèves générales soigneusement orchestrées ou par des tentatives d’exercer une pression sur le gouvernement.

Il n’y a pas de solution à la crise actuelle dans le cadre du capitalisme. La bourgeoisie grecque est intimement liée au capital financier international. Le rejet du programme d’austérité par Nouvelle Démocratie est totalement cynique. Si ce parti était au pouvoir il agirait de la même manière que PASOK. La même chose s’applique aux organisations bourgeoises de « gauche » dont les organisations internationales sœurs (Rifondazione comunista en Italie, Die Linke en Allemagne, le Parti communiste en France) ont soutenu des mesures d’austérité identiques lorsqu’elles étaient au gouvernement.

La classe ouvrière est confrontée à une lutte pour le pouvoir. Elle doit s’opposer au paiement de l’ensemble des dettes et lutter pour la mise ne place d’un gouvernement ouvrier engagé à l’expropriation des grandes banques et des grands groupes sans compensation en les plaçant sous contrôle social. Ce n’est que sur cette base qu’il est possible de stopper la contre-révolution sociale, d’utiliser les ressources disponibles pour le bien de tous et de construire une société socialiste.

On ne peut concrétiser une telle perspective que dans un contexte international. Les travailleurs grecs doivent rejeter toutes les tendances nationalistes et nouer des liens étroits avec l’ensemble de la classe ouvrière européenne et internationale qui est confrontée aux mêmes attaques. Son but doit être la mise en place des Etats socialistes unis d’Europe.

Seuls le World Socialist Web Site et le Comité international de la Quatrième Internationale luttent pour une telle perspective. Nous demandons instamment aux travailleurs et aux jeunes en Grèce et de par l’Europe d’entrer en contact avec le comité de rédaction du WSWS et de contribuer à la construction des sections du Comité international en Europe.

(Article original paru le 30 juin 2011)