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Les Verts et les sociaux-démocrates soutiennent la réforme militaire du gouvernement allemand

Par Peter Schwarz
4 juin 2011

Le ministre allemand de la Défense Thomas de Maizière (CDU-Union démocrate chrétienne) a présenté ses conceptions en matière de réforme de l’armée allemande dans une déclaration politique gouvernementale publiée la semaine dernière. Son programme a obtenu le soutien non seulement des partis gouvernementaux CDU, CSU (Union sociale chrétienne) et FDP (Libéraux), mais également du Parti social-démocrate et des Verts. Pour les Verts l’extension des interventions militaires dans le monde ne va pas assez loin.

Le plan de De Maizière comprend la proposition d’une augmentation de 7000 à 10.000 du nombre de soldats disponibles pour des déploiements de longue durée à l’extérieur. A cette fin, les forces armées doivent être comprimées, devenir plus efficaces et n’être presque plus composées que d’engagés. Les structures de commandement doivent être simplifiées et passer du civil au militaire.

Les objectifs impérialistes de déploiements militaires futurs étaient clairement formulés dans les nouvelles directives sur la politique de Défense, publiées par De Maizière avec son plan de réformes. Selon ces directives, le deploiement des forces armées allemandes dans le monde entier sera l’”expression de l’affirmation de soi et de la souveraineté”.

Les objectifs spécifiques de missions militaires futures indiqués dans ces directives comprennent le maintien de routes commerciales et la garantie des livraisons de matières premières; l’accès aux resources naturelles; le contrôle des flux migratoires et des soulèvements dûs à l’effondrement de régimes dictatoraiux, la participation à la prise de decision au niveau international et la sécurité intérieure, c’est-à-dire le déploiement de troupes sur le territoire allemand.

Avant de s’adresser au parlement allemand, De Maizière a donné plusieurs interview pour promouvoir ses conceptions en fait de réforme. Dans un long échange avec la Frankfurter Allgemeine Zeitung il mentionna le Pakistan, le Yemen, la Somalie et le Soudan comme endroits possibles du deploiement pour l’armée allemande. “Je m’attend à ce qu’on demande aussi à l’Allemagne de s’engager dans ces pays si cela était nécessaire” dit-il.

Citant la formule du théoricien militaire allemand Clausewitz “La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens”, De Maizière affirma que ces opérations suivraient étroitement la politique étrangère et la politique économique. “Les soldats font partie de la politique étrangère”, souligna-t-il.

S’adressant au parlement, le ministre de la Défense appela spécifiquement à ce que l’Allemagne assume des responsabilités au niveau mondial “dont nous et d’autres pensons avec confiance que nous pouvons les exercer et que d’autres attendent de nous”. Bien qu’il n’ait pas expressément nommé la Libye, sa déclaration fut comprise comme une forte critique du ministère de la Défense dirigé par le FDP et qui a rejeté une participation dans la guerre en Libye.

Il justifia cyniquement sa doctrine de l’intervention militaire mondiale en parlant de l’obligation sociale liée à la propriété et inscrite dans la constitution allemande. Parce que l’Allemagne est si riche, a-t-il déclaré, “la prospérité comporte des obligations et, en effet, plus que cela n’était connu ou accepté jusque là en Allemagne”.

A la surprise de beaucoup de députés, le dirigeant de la fraction parlementaire des Verts, Jürgen Trittin, fit part de son accord complet avec De Maizière. Trittin qui a commencé sa carrier politique dans un groupe maoiste, a été ministre de l’environnement de 1998 à 2005 et on le considère comme un possible candidat Vert à la prochaine élection à la chancellerie. Sa prise de parole flatteuse envers De Maizière tout comme son attaque du FDP ressemblaient à une offre de coalition à la CDU.

Trittin commença son allocution en complimentant De Maizière pour la nouvelle détermination dont faisait preuve le ministère de la Défense et le fait que “l’orientation de la politique stratégique et de sécurité” ne soit plus décidée au ministère des Affaires étrangères mais au ministère de la Défense. Il déclara explicitement son accord avec les “décisions stratégiques fondamentales importantes” de De Maizière, y compris avec l’objectif d’une augmentation du nombre des soldats pour des déploiements à l’extérieur. “Nous partageons le point de vue que nous devons disposer de 10.000 soldats pour des opérations à l’étranger”, dit-il.

Mais sous cet aspect le plan du ministre de la Défense n’allait, en ce qui le concernait, pas assez loin. Trittin l’accusa de continuer à considerer les mesures traditionnelles de défense comme “plus importantes que la tâche que nous avons tous reconnue comme cruciale, notamment la mise à disposition d’unités et de soldats plus nombreux à des fins de déploiement dans des opérations à l’extérieur”. Et il ajouta “ nous pensons que vous n’êtes pas consistant. C’est la tâche de la République fédérale allemande d’assumer ses responsabilités internationales avec plus de robustesse.”

Selon lui la responsabilité internationale de signifiait pas seulement la garantie des resources naturelles mais aussi “le fait de faire face aux menaces à la sécurité qui apparaissent dans ce monde”. Importants sous ce rapport étaient des “conflits typiquement assymétriques”, “ des opérations dans le cadre de missions mixtes civilo-militaires”, ainsi que des “menaces provenant d’Etats en échec ou de menaces similaires”. “Nous ne devons tolérer l’existence d’aucune région où le droit est absent sur cette planète” exhorta-t-il.

En d’autres termes, les Verts exigent que l’armée allemande intervienne dans les affaires internes d’autres Etats n’importe où dans le monde. “Dans ce contexte on attendra plus de choses de l’Allemagne que dans le passé. C’est là quelque chose qu’il faut déclarer ouvertement dans un débat comme celui-ci” ajouta-t-il.

Ce qui était requis était “un développement consistant des forces armées correspondant aux opérations multilatérales commanditées par les Nations Unies afin de stabiliser des Etats en échec; ce sera là la principale exigence.” Trittin fit allusion à “la séparation du Soudan méridional d’avec le Soudan” comme exemple d’un déploiement imminent de l’armée allemande.

Le SPD lui aussi soutint les plans de De Maizière. Rainer Arnold, le porte parole du SPD en matière de Défense, attribua au ministre de la Défense “de la raison et de l’objectivité” et réïtéra le fait que la fraction parlementaire du SPD était prête à “assumer une responsabilité commune pour les soldats”.

Arnold rappela à son auditoire que le SPD et les Verts avaient envoyé des troupes au Timor oriental quand ils étaient au gouvernement, bien qu’il n’y ait pas eu là directement d’intérêts allemands. Il assura au ministre de la Défense que les sociaux-démocrates étaient prêts aussi à discuter de la garantie “d’intérêts économiques communéments compris”, ainsi que des “intérêts communément compris de la stabilité en Afrique du Nord”.

Mais là aussi, les plans de De Maizière n’allaient pas assez loin. Il critiqua le ministre de la Défense pour adhérer à un objectif d’économies de 8,3 milliards d’euros et le gouvernement pour considerer que l’austérité à tout prix était plus importante que la politique de sécurité. Selon Arnold, un financement militaire important était une précondition à ce qu’on ait confiance dans le processus de réforme. Il se plaignit aussi de ce que la profession militaire n’était pas assez atrayante. Il dit que le SPD avait rédigé 82 propositions sur la façon de rendre elle-ci plus attrayante.

La seule critique des plans de De Maizière vint de la fraction parlementaire du parti La Gauche. Leur expert en matière de Défense, Paul Schäfer, condamna De Maizière pour donner à l’armée “une permission à l’intervention” et cria :”Pas avec nous”.

Comme c’est souvent le cas avec ce parti, cependant, il se sert de protestations verbales ostentatoires pour couvrir le fait qu’il va à droite. Il a maintenant accepté l’armée allemande et la soutient. Mais elle devrait être un peu plus petite selon lui. Schäfer dit au parlement que son parti approuverait une armée forte de 125.000 soldats, mais pas les 185.000 de De Maizière.

Le soutien quasi unanime du parlement pour les plans de guerre de De Maizière sont à considérer comme un avertissement. Dans les années 1950 un certain nombre de politiciens du SPD se sont trouvés à l’avant-garde de protestations contre un réarmament allemand, bien que la majorité du SPD ait approuvé l’armée à l’époque. Au moment de la fondation de leur parti, autour de 1980, les Verts étaient étroitement alignés sur le mouvement de la Paix qui mobilisait des millions de personnes contre le déploiement de missiles nucléaires américains de moyenne portée sur le territoire allemand.

A présent, trente ans plus tard, le SPD et les Verts ont pris position entièrement en faveur du militarisme allemand. Et l’opposition du parti La Gauche ne sert que de masse de négociation en échange d’une future participation au gouvernement, lorsque les circonstances l’exigeront.

Le mouvement de la Paix des années 1950 était dirigé contre l’intégration de l’Allemagne à l’alliance militaire occidentale et celui des années 1980 s’opposait au déploiement des missiles nucléaires américains en Allemagne. Aujourd’hui les intérêts nationaux de l’Allemagne sont directment en jeu. Depuis la réunification du pays, l’impérialisme allemand est devenu de plus en plus confiant. Des divisions profondes sont apparues dans l’Alliance atlantique et l’Union européenne. Afin d’affirmer ses intérêts économiques chaque grande puissance s’appuie de plus en plus sur la force militaire.

Au vu des tensions internationales croissantes, le SPD et les Verts se sont placés inconditionnellement du côté de la classe dirigeante allemande et ont entrepris la tâche de mettre en oeuvre un réarmement militaire en dépit de la méfiance et de la nette opposition de larges portions de la population. Ce n’est qu’un mouvement indépendant de la classe ouvrière qui peut mettre un terme à la croissance du militarisme et à la menace de guerre qui l’accompagne.

(Article original publié le 1er juin 2011)